Quand Florica prend son violon

 

       Ce matin, Florica est arrivée à la gare. La grande gare de la grande ville.
       Hier, elle a marché toute la journée jusqu’au train. Elle a voyagé toute la nuit.
Voyagé, ou plutôt fui, car dans son pays c’est la guerre. Une explosion épouvantable, la maison en feu, et personne pour éteindre le début d’incendie. Alors vite ! Florica a fourré quelques vêtements dans son sac à dos, puis elle a pris son ourson et, surtout, son violon dans son étui. Et avec ses parents, elle s’est enfuie loin du village.
♦♦♦♦
       Quand ils descendent du train, c’est un autre pays. Les gens ont l’air pressé, ils parlent une drôle de langue. Florica les regarde s’agiter, elle ne comprend pas leurs paroles. Elle se sent perdue…
       Heureusement, des gens très généreux ont prêté un logement aux parents de Florica. Et à l’école du quartier, il y a une place pour elle, dans la classe des petits. Elle va pouvoir apprendre le français, la drôle de langue qu’elle a entendue à la gare.
       Le premier jour, son père l’accompagne. Dès qu’ils l’aperçoivent, les petits se moquent d’elle.
       — Elle n’est pas d’ici ! D’où tu viens ??
       — Regarde ses lunettes, eh, tu les as piquées à ta grand-mère ou quoi ?
       Tout le monde rigole. Tout le monde sauf Florica.
♦♦♦♦
       Ce matin, Florica a emporté son violon. Après la classe, elle va prendre une leçon à l’école de musique. En voyant son étui, les petits se moquent encore.
       — C’est quoi ce truc ? Sa boîte à mitraillette ?
       — Non, c’est son panier pour aller au marché, elle mange que des poireaux !
       — Attention, elle a caché un crocodile dedans !
       Tout le monde rigole. Tout le monde sauf Florica.
       Elle est même de plus en plus triste, mais personne ne s’en aperçoit. Personne, sauf Antoine. À la sortie de l’école, il l’aborde :
       — Tu rentres chez toi, Florica ?
       — Non. Je vas écoll de muzzique.
       — Pour quoi faire ? questionne Antoine.
       — Pour jouer violon
       — Tu veux bien que je vienne avec toi ?
       Florica lui sourit et fait oui de la tête.
       Dans cette école, on entend de la musique partout, derrière chaque porte.
       Antoine reconnaît le son d’un piano, d’une trompette et d’une flûte. Le prof de Florica est très gentil. Il permet à Antoine de rester, à condition de ne pas faire de bruit. Florica joue drôlement bien, tantôt en solo, tantôt en duo avec son professeur. Antoine les écoute sans bouger.
♦♦♦♦
       Un jour, à l’école, les petits sont en train de dessiner quand, tout à coup, de gros nuages noirs envahissent le ciel. Des nuages d’orage qui rendent nerveux. Les éclairs tombent de tous côtés, le tonnerre gronde et claque comme un fouet. Crac ! Plus de lumière : c’est un éclair qui a coupé le courant électrique.
       — Je vais chercher des bougies, dit la maîtresse. Restez tranquilles.
       Les enfants ont très peur. Ils crient et se cachent sous leurs tables en pleurant.
       Florica voudrait bien les calmer. Mais comment ?
       Soudain elle a une idée, une très bonne idée. Tout doucement, elle sort le violon de son étui, décroche l’archet… Un… puis deux… puis trois sons montent dans l’obscurité de la salle de classe et se balancent doucement. On dirait une berceuse. Puis, toute une ribambelle de notes forme une danse. C’est qu’elle joue vite, Florica ! Elle a choisi de faire chanter à son violon un air de son pays. Il est gai, il est triste, les deux à la fois. Et, grâce à lui, tous les petits ont oublié l’orage.
       Quel dommage ! L’électricité revient… Les enfants applaudissent.
       — Merci Florica, et bravo ! dit la maîtresse.
       Puis elle ajoute :
       — Il n’y a pas de devoirs pour demain. Mais vous ferez tous un beau dessin ou un poème pour remercier Florica.
       — Youpiiiiii ! crient les enfants.
♦♦♦♦
       Maintenant, ils veulent tous être copain ou copine avec Florica. Mais elle n’a qu’un seul et véritable ami : c’est Antoine. Il l’accompagne chaque semaine à son cours de violon. Le professeur de musique a donné une belle flûte à Antoine.
       — Essaie un peu de jouer là-dessus !
       Antoine a essayé et il a beaucoup aimé le son de la flûte. Désormais il en joue tous les jours. Très vite, il arrive à jouer des morceaux avec Florica. Violon et flûte, flûte et violon, c’est très amusant et un peu magique aussi…
       — Et si vous alliez donner un petit concert à l’école ? propose le professeur de musique.
       — Bonne idée ! s’écrie Florica. Et après, on ira jouer à l’hôpital, pour les enfants malades. On fait ça très souvent dans mon pays. La musique, ça aide à guérir et à oublier ses soucis !
       — Quels morceaux veux-tu jouer, Antoine ?
       — Euh… Les plus faciles ? Oh et puis non, des difficiles aussi ! Je travaillerai tous les jours, je ferai des progrès !
       Les enfants préparent dix morceaux et, avec l’aide du professeur, ils dessinent une belle affiche. Toute l’école vient les écouter. C’est un triomphe, un concert magnifique ! En sortant de là, tous les enfants sont décidés à apprendre un instrument.
       Et après ?
       Eh bien après, Florica et Antoine ont continué à jouer ensemble, partout et très souvent. POUR LEUR PLAISIR !

 

Gerda Muller
Quand Florica prend son violon
Paris, l’école des loisirs, 2001
(Adaptation)
 
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