Les conquérants

 
  
     C’est l’histoire d’un grand pays qui était gouverné par un Général. Les habitants pensaient que leur façon de vivre était la meilleure. Ils avaient une armée très puissante, et ils avaient Le Canon.
     De temps à autre, le Général lançait son armée à la conquête d’un pays voisin. “C’est pour leur bien, disait-il. Pour qu’ils soient comme nous.”
     Les autres pays résistaient pied à pied, mais ils finissaient toujours par être envahis. C’est ainsi que le Général se retrouva à la tête de tous les pays, tous sauf un… C’était un pays si petit que le Général n’avait jamais pris la peine de l’envahir. Mais maintenant, il ne restait plus que lui, alors un jour, le Général lança son armée à sa conquête.
     Le petit pays surprit le Général. Il ne possédait pas d’armée, il n’opposa aucune résistance, et le peuple accueillit les soldats comme s’il avait plaisir à les recevoir. Le Général s’installa dans la plus confortable des maisons tandis que les soldats prenaient logis chez l’habitant.
     Chaque matin, le Général passait ses troupes en revue, puis il écrivait à sa femme et à son fils. Les soldats liaient connaissance avec les gens du pays, ils jouaient à leurs jeux, écoutaient leurs histoires, apprenaient leurs chants et riaient à leurs bons mots.
     La nourriture était différente. Les soldats aimaient bien assister à la préparation des repas avant de passer à table. Tout était délicieux. Comme ils n’avaient rien d’autre à faire, les soldats aidaient les gens dans leurs travaux.
     Quand le Général se rendit compte de ce qui se passait, il entra dans une colère noire. Il renvoya les soldats dans leurs foyers… et en fit venir de nouveaux.
     Mais les nouveaux soldats se comportèrent exactement comme les précédents. Le Général en conclut qu’il n’était pas nécessaire de maintenir autant de soldats sur place ; il réduisit à quelques hommes son armée d’occupation et rentra dans son grand pays.
     Une fois le Général parti, les soldats accrochèrent leurs uniformes au portemanteau et participèrent à la vie de tous les jours.
     Le Général eut un retour triomphal, avec ses soldats qui scandaient le traditionnel :
 
“Nous sommes les conquérants !
Nous sommes les conquérants !”
 
     Il était content de retrouver les siens, pourtant quelque chose avait changé. La cuisine sentait comme celle du petit pays. Les gens jouaient aux jeux du petit pays, et quelques-uns portaient même des vêtements du petit pays.
     “Ah ! butin de guerre !” se dit le Général en souriant.
     Ce soir-là, quand il coucha son fils, l’enfant lui demanda de lui chanter quelque chose. Alors il chanta les seules chansons qu’il avait en mémoire, les chansons du petit pays – le petit pays qu’il avait conquis. 

 

David MacKee
Les conquérants
Paris, Kaléidoscope, 2004
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