Un don de la mer

    
     Le petit garçon s’accroupit sur la plage. Il creusa le sable fin, humide, et découvrit une pierre, qu’il prit dans la main.
     Il ne savait pas que cette pierre était sortie de la terre, crachée par la bouche d’un volcan, puis qu’elle avait refroidi à l’ombre de milliers d’années. 
     Il ne savait pas que la terre s’était soulevée et qu’en se soulevant, la pierre avait bougé avec elle jusqu’à former une petite montagne. Ni que, plus tard, la pierre s’était retrouvée prisonnière d’une calotte de glace, dans le silence bleuté et mordant des très grands froids.
     « Regarde », dit le petit garçon en suivant lentement du bout des doigts les creux et les bosses de la pierre, si douce, puis ses arêtes rugueuses. Il ne savait pas qu’à la fonte des glaces la pierre était devenue une grotte.
     Ni que des siècles et des siècles de pluie et de vent avaient altéré la taille et la forme de la pierre. Il ne savait pas que dans les temps anciens une ville avait surgi autour de la pierre.
     Le petit garçon retourna la pierre entre ses doigts : elle était striée de longs sillons. Il ne savait pas que la ville était tombée en ruines. Ni que la pierre avait longtemps servi de repère aux voyageurs qui faisaient route vers l’Orient.
     Il ne savait pas qu’un jour un champ de blé avait poussé autour de la pierre. Le petit garçon mit la pierre dans sa poche. Il la rapporta chez lui et la posa sur une étagère, à côté de sa collection de petits galets de verre polis par la mer.
     Il ne savait pas qu’un fleuve avait englouti le champ de blé et entraîné la pierre jusqu’à l’océan. Il ne savait pas que la pierre était restée très longtemps au fond de l’eau, non loin d’une épave. Ni qu’elle avait été rejetée sur la plage, par une nuit de pleine lune.
     Mais lorsque le petit garçon eut serré fort la pierre dans sa main, lorsqu’il en eut senti la douce chaleur, il sut que c’était un don de la mer, un don merveilleux.
 
 
Kate Banks
Un don de la mer
Paris, Gallimard Jeunesse, 1999
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