Tamina Couleur Soleil

 
     Aujourd’hui, le ciel est bas dans le cœur de Tamina. Au bord de ses yeux de jais, deux nuages se sont égarés, et sur ses joues d’ébène, deux petits ruisseaux roulent sans bruit et posent sur ses lèvres un baiser au goût salé.
    Tamina court se réfugier dans le buisson de laurier-tin, au fond du jardin. Derrière le feuillage épais, les branches ouvrent leurs bras pour accueillir tous les secrets. Pelotonnée au creux du buisson, Tamina explique à l’arbuste d’où lui vient ce chagrin. Elle ne comprend pas pourquoi elle n’a pas, comme les autres enfants, la peau claire des matins d’hiver.
    L’arbuste ne sait pas quoi répondre. Il connaît les amis de Tamina qui viennent souvent s’amuser dans le jardin. Il trouve que tous se ressemblent : les vêtements sont colorés, les visages joyeux et les yeux malicieux. Seule la couleur de la peau peut faire la différence, mais il ne voit pas en quoi cela aurait tellement d’importance.
    Un merle curieux s’est glissé sous le feuillage. Tout en fouillant le sol en quête de quelque ver de terre à débusquer puis à déguster, petit pas à petit pas, il finit par s’approcher. Tamina le reconnaît, c’est lui qui vient se régaler des fruits tombés sous le pommier.
    En deux mots, l’arbuste lui explique le problème de la petite. Le merle déclare que, pour sa part, il est tout à fait satisfait de la couleur de son plumage car le jaune de son bec est bien plus éclatant sur le noir que sur le blanc.
    Tamina n’est pas plus avancée. Elle n’a pas un bec jaune pour justifier l’avantage d’avoir la peau noire. Et puis, c’est bien joli, pense-t-elle, mais tous les merles sont noirs. S’il était le seul merle blanc au milieu de merles noirs, peut-être penserait-il autrement !
    À quelques battements d’ailes de là, l’oiseau confie ce qu’il a vu et entendu sous le laurier à son amie la pie. La pie le raconte au geai, le geai le répète au choucas, le choucas en rend compte au corbeau, le corbeau le rapporte à la buse illico…
    Courant ainsi de bec en bec, de branche en branche et de nuage en nuage, l’affaire a tôt fait d’arriver aux oreilles du soleil.
    Du bout de ses doigts de lumière, le soleil soulève délicatement une feuille du buisson, il effleure la joue de Tamina et, une à une, boit toutes les perles de son chagrin.
    « Quand tu es venue au monde, lui dit le soleil, tu étais belle, si belle… Je crois bien que tu étais le plus beau bébé que la Terre ait jamais porté. Je passais des jours entiers à te regarder, mais à force de t’admirer, ta peau a doré tel un épi de blé. Le soir, je ne pouvais résoudre à me coucher, et je m’accrochais à la ligne d’horizon car mes yeux ne parvenaient pas à te quitter. Plus j’attachais mon regard à ta beauté, plus ta peau prenait la couleur du café. Si j’avais pu imaginer tout le chagrin que cela te causerait, j’aurais demandé aux nuages de te protéger. Tout cela est ma faute, pourras-tu me pardonner ? »
    Dans la paume de ses mains, Tamina compose une guirlande de baisers. 
    Elle confie au vent le soin de l’emporter. Et sur son visage, un sourire dessine enfin la courbe du bonheur, car le secret de sa couleur brille maintenant dans son cœur…
 

  
Ghislaine Biondi ; Laurent Corvaisier
Tamina Couleur Soleil
Paris, Hachette Livre/Gautier-Languereau, 2001
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