Entre les lignes

Entre les lignes_2
 
     Au cours de l’année dernière, glissée dans les plis épais d’un journal métropolitain en Italie, une minuscule annonce a paru discrètement, rivalisant avec les gros titres en manchette.
 
Professeur âgé retraité recherche famille voulant
adopter un grand-père. Assumera ses dépenses.
 
    À quatre-vingts ans, Giorgio Angelozzi était entassé, lui et ses sept chats, dans un appartement de deux pièces, avec sa modeste collection de livres incluant des dictionnaires grecs poussiéreux et des classiques écrits par d’illustres anciens comme Pliny et Horace et Kant.
    Sortant occasionnellement de cette maison exiguë située sur une route sans issue, il manœuvrait le long des chemins vallonnés vers le village local. Mais dans l’ensemble, il menait une vie intellectuelle tranquille et retirée. Trop tranquille.
    Veuf depuis sept longues années de solitude, Giorgio s’est surpris à compter le nombre de mots qu’il prononçait à voix haute chaque jour. Et lors de ces journées où il n’avait rien à dire – même aux chats qui se promenaient à pas feutrés –, le compte était zéro. Un zéro aussi vide que sa vie.
    À sa grande consternation, il a découvert qu’il n’avait pas fini de donner et qu’il avait besoin d’amour. Désirant ardemment des contacts humains, Giorgio a pris une décision réfléchie et a mis en œuvre un plan unique: il s’est lui-même offert en adoption. Son humble appel dans les petites annonces d’un journal a immédiatement capté l’attention d’un pays entier.
    La détresse de Giorgio a touché les cordes sensibles de l’Italie, provoquant un réveil et une prise de conscience. Les représentants du gouvernement et les villageois, les conseillers et les bourgeois, les ecclésiastiques et les laïcs – tous secoués jusqu’au fond de l’âme par cet appel pour une adoption – firent leur examen de conscience. Le résultat? Une vague immédiate de réponses qui ont apporté bien plus que des offres de logement. Cette demande a fait naître d’enthousiastes offres d’amitié. De vie familiale. D’…amour.
    Après tout, Giorgio ne s’était pas annoncé lui-même comme un simple locataire. Il ne cherchait pas un poste comme professeur à temps partiel ni comme tuteur salarié. Au lieu de cela, Giorgio cherchait une famille, qui voulait adopter un grand-père, une famille qui voulait l’accepter en tant que membre à part entière.
    Un jour ou l’autre, chacun de nous – comme Giorgio – doit affronter des moments difficiles et déchirants sur le plan émotionnel. Il est possible que nous fassions face à des épreuves de rejet, de faillite, de maladie terminale, de solitude, de relations malheureuses ou même de mort.
    L’amour constitue la réponse universelle à nos difficultés. Si nous avons de la chance, nous prenons conscience du pouvoir de l’amour – cette étincelle divine inhérente en chacun de nous – pour adoucir et réconforter, pour guérir et rétablir. Nous le cherchons dans nos relations; nous l’invitons dans nos vies. Nous l’admirons chez les autres; nous le cultivons en nous.
    Nous le saisissons des deux mains et, si nous sommes intelligents, nous le redonnons des deux mains, percevant que l’amour, comme la musique, est une mélodie qui persiste dans le cœur après que les mots ont été chantés. C’est la grâce qui nous permet de compatir aux malheurs des uns et des autres, de nous mettre à la place de nos voisins. Nous voyons avec leurs yeux, entendons avec leurs oreilles, et ressentons avec leurs cœurs. Encore mieux, nous apprenons à voir les autres à travers les yeux de Dieu.
    Giorgio a déménagé ses sept chats et sa vieille bibliothèque usée dans la maison de sa nouvelle famille. Sans aucun doute, il a aussi emballé assez de chaleur et de souvenirs pour s’épanouir où qu’il se soit installé, estimé par cette nouvelle famille que l’amour seul a créée.
 
 
Jack Canfield
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