Bienvenue au zoo de Kaboul

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     Pour fêter la fin de la guerre, Alem décide d’emmener Nour, son petit frère, au zoo de Kaboul qui vient juste de rouvrir. Il y a beaucoup de monde. Les gens sont heureux de pouvoir enfin sortir de chez eux, et de profiter de la vie.
    Nour se précipite pour observer les ours. C’est la première fois qu’il en voit un pour de vrai. Il est émerveillé.
    Comme la guerre a duré longtemps, la plupart des cages sont encore vides. Nour est très déçu, Alem s’en rend bien compte. Le grand frère s’immobilise alors devant un enclos parfaitement désert.
    — Pourquoi on s’arrête là ? s’étonne Nour. Il n’y a rien.
    — Je pense que tu as mal regardé, répond Alem, malicieux. Ferme les yeux.
    L’air ahuri, Nour dévisage son frère.
    — Allez ! l’encourage Alem.
    Les deux frères ferment les yeux.
    — Tu ne vois pas les éléphants ? demande Alem au bout d’un moment.
    — Je ne vois rien du tout !
    — Moi, j’en vois un qui arrive doucement vers nous ! Et avec sa trompe, il va te toucher la tête.
    Nour éclate de rire quand son frère lui chatouille le haut du crâne.
    Une fillette, qui a entendu leur drôle de conversation, les suit du regard. Puis devant l’enclos désert, elle met ses mains sur ses yeux.
    Alem et Nour marchent jusqu’à la cage des tigres, elle aussi vide. À nouveau, ils ferment les yeux.
    — Je ne vois vraiment pas de tigre, soupire Nour.
    — Moi non plus, répond Alem. Mais est-ce que tu vois le trou dans la grille, tout au fond ?
    — Oui, oui, affirme cette fois Nour, les paupières closes, avec un petit sourire.

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    Alem se penche à l’oreille de son frère et murmure :
    — C’est par là que les tigres se sont évadés, cette nuit. Chut… les gardiens du zoo ne sont pas encore au courant.
    Nour et Alem s’éloignent sur la pointe des pieds.
    — Et là, demande le grand frère en passant devant une nouvelle cage vide, qu’est-ce qu’il y a ?
    — Là, c’est un animal très rare, répond Nour : un zèbre invisible. Le zoo de Kaboul est le seul à en avoir un.
    Alem éclate de rire.
    Chaque fois qu’ils arrivent devant une cage vide, Nour et Alem ferment les yeux, et à chaque fois, ils s’inventent des histoires extraordinaires.
    Les deux frères longent de vastes pelouses. Des familles jouent au ballon, d’autres piqueniquent… Toutes savourent le bonheur de recommencer à vivre en paix.
    Un peu plus loin, un attroupement s’est formé. Alem installe Nour sur ses épaules. Les visiteurs font la queue pour monter dans l’immense barque qui se balance dans les airs. Nour et Alem aimeraient bien y aller, mais il y a vraiment trop de monde !
    Nour et Alem s’approchent maintenant d’une des plus fameuses attractions du zoo de Kaboul : le taureau. C’est vraiment un drôle de taureau, celui-là ! D’abord, il est en plastique, et à l’intérieur, il y a un moteur. Personne n’a encore réussi à rester sur son dos plus de trente secondes. Alem et Nour prennent place dans la file d’attente. Ils adoreraient battre le record.
    Alem grimpe sur l’animal. Il a beau s’agripper de toutes ses forces à l’encolure, au bout de cinq secondes, boum ! il tombe sur les fesses.
    C’est au tour de son petit frère. Avant d’escalader le terrible taureau de rodéo, Nour lui murmure quelque chose à l’oreille, et c’est parti ! La bête en plastique s’agite furieusement. Le public encourage l’enfant qui rebondit sur le dos de l’animal. Plusieurs fois, Nour manque d’être éjecté, mais il s’accroche. Malgré la tempête, il tient bon. Encore et toujours. Au bout d’une minute, enfin, le taureau s’immobilise.
    Nour a gagné ! Il a battu le record ! Il redescend de l’animal sous les applaudissements, et rejoint son grand frère.
    — Qu’est-ce que tu as raconté au taureau ? interroge Alem, épaté.
    — Je lui ai demandé de fermer les yeux. Et, après, je lui ai dit que le plus extraordinaire de tous les cow-boys allait monter sur son dos !
    Alem sourit, et tapote l’épaule de son frère.
    Il est temps de repartir. Nour et Alem rentrent à la maison.
    — Je n’oublierai jamais cette journée, dit Nour. Même quand j’aurai 110 ans, j’y penserai encore.
    Puis il ferme une nouvelle fois les yeux, et dans le bus bringuebalant, il s’endort contre son grand frère.

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Didier Lévi ; Katrin Stangl
Bienvenue au zoo de Kaboul
Paris, Éditions Sarbacane, 2009
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