Je fais un oiseau pour la paix

Je fais un oiseau pour la paix1

 

Moi, je dis que ma feuille de papier est un jardin magique,
un carré d’herbe toujours vert même en été.
Veux-tu faire comme moi ?
UN ORIGAMI POUR LA PAIX ?

 Je fais un oiseau pour la paix2

Je la plie en deux en clignant des yeux et la voile d’un bateau apparaît !
Rêver c’est beau mais voyager c’est mieux !

 

Je fais un oiseau pour la paix3

Je la plie dans l’autre sens et je pense :

« Si je quitte mon jardin sur un bateau il me faut un chapeau ! »
À l’est ! À l’ouest !
Au sud ! Au nord !
Mon gouvernail et ma boussole obéissent à mes paroles !
Je m’accroche au mât qui se tient droit et les vagues ne peuvent rien contre moi.

 

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 Je m’allonge de tout mon corps dans la coque du bateau et dans le ciel,

je vois une étoile… qui… n’est pas une étoile de ciel
mais une étoile de mer.

 

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En disparaissant au petit matin, l’étoile me prévient :
« Te voici arrivée sur l’île des métamorphoses.
Monte sur le dos de cette grenouille si tu oses. »

 

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J’ose et la grenouille bondit.
On saute dans les hautes herbes puis parmi les branches de la forêt.
On replie nos bras, nos pattes, on baisse la tête pour mieux se faufiler…
 
Quand soudain s’ouvre, devant nous,
la  gueule d’un crocodile de malheur…
… avec des dents de guerre et de peur.

 

Je fais un oiseau pour la paix7

Juste derrière lui se cache son armée de crocodiles de malheur
avec leurs dents de guerre et de peur.
 
Nous leur montrons alors nos petites dents, en souriant.

 

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Et tous les crocodiles se transforment, sur-le-champ,
en un lumineux diamant.
Dans cette île, tout est étonnant !
 
À l’instant où je range ma poche, je vois la grenouille se métamorphoser,
à mes pieds, en fusée de papier !

 

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À cheval sur ma fusée, je traverse une grande forêt
avec des arbres qui cachent d’autres arbres qui cachent…

 

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Un loup !
Un loup avec tête de loup, des oreilles de loup et des dents de terreur.

 

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Dans ma poche, je serre très fort mon diamant, le loup se change lentement en une drôle de chose…
 
Presque une fleur, presque un œuf, qui ensemble éclosent dans un bruit neuf sur l’île des métamorphoses.
 
Du centre de l’œuf, du cœur de la fleur, un oiseau fragile sort :

 

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« Contre toutes les dents de toutes les horreurs,
ici ou ailleurs,
je suis l’oiseau de la paix. »
 
L’oiseau a ouvert ses ailes.
 
Je suis montée sur son dos et nous sommes partis
raconter aux enfants du monde entier
qu’il est possible de changer les monstres
qui nous effraient
en oiseaux de papier !
 

 

 
* * * * *

 

Au Japon, l’art du pliage s’appelle l’origami [1] et l’oiseau le plus célèbre, la grue. On raconte dans ce pays que, lorsqu’on parvient à plier 1000 grues de papier, notre plus cher vœu est exaucé.
En 1945, une terrible bombe, la première bombe atomique, a été lâchée sur la ville d’Hiroshima. La ville fut détruite et ses habitants moururent en grand nombre. Les radiations de cette arme nucléaire ont aussi déclenché des maladies très graves pendant de nombreuses années… Ainsi, dix ans après l’explosion, la petite Sadako est tombée malade. Elle a plié des centaines de grues pour voir son vœu de guérison se réaliser… Ses amis l’ont aidée mais cela n’a pas suffi.
Sadako est aujourd’hui devenue symbole des enfants victimes de la guerre. Des quatre coins du monde, on offre des oiseaux de papier au mémorial qui lui rend hommage à Hiroshima.

 

Ils rejoignent alors le monument dédié à Sadako pour dire que les enfants du monde préfèrent les couleurs de la paix à celles des bombes.
 
Alain Serres
Je fais un oiseau pour la paix
Paris, Rue du Monde, 2005
(Adaptation)

[1] Origami (du japonais: oru, “plier”, et kami, “papier”) c’est au Japon l’art du pliage de papier tout en créant des figures diverses – êtres ou objets –, juste avec les pliages géométriques de la feuille, que l’on ne doit ni couper ni coller. (N. T.)
 
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