Le trésor

Le trésor

 

     Le meunier était malheureux et lui-même n’aurait su dire pourquoi. Jamais personne ne l’avait vu sourire, ou entendu rire, puisque rien ne lui procurait de joie.
     Et voilà maintenant qu’il se mettait à faire ce rêve étrange : il longeait vers le sud la rivière où se tenait son moulin et, à trois jours de marche, il arrivait devant une ville entourée de remparts. Au cœur de cette ville, se dressait le palais du roi et pour y accéder, il fallait passer sur un pont. Le meunier rêvait qu’en creusant sous ce pont, il trouvait un trésor inestimable.
 
     Un matin, il se réveilla après avoir fait le même songe. Il prit une pelle avec une besace contenant un peu de nourriture et ferma le moulin. L’homme marcha pendant trois jours et tandis qu’il cheminait, il s’imaginait tout ce qu’il pourrait faire grâce à ce trésor ; oh ! comme il serait heureux !
     À l’aube du troisième jour, il arriva devant la grande ville. Il trouva facilement le palais du roi et là, sous le pont qui y menait, à l’aide de sa pelle, se mit à creuser.
     Le meunier fouillait la terre depuis une bonne heure, lorsque les gardes du palais le surprirent en pleine besogne. Ils s’emparèrent de lui et l’amenèrent devant leur capitaine.
     — Nous avons trouvé cet homme en train de creuser devant le palais, lui dirent-ils, c’est un espion, sans aucun doute !
     — Ah non, protesta le meunier, je ne suis pas un espion. Je cherchais un trésor caché sous le pont.
     — Et pourquoi pensais-tu y découvrir un trésor ? lui demanda le capitaine soupçonneux.
     — Eh bien, répliqua le meunier un peu gêné, j’ai fait plusieurs fois un rêve et dans ce rêve, je déterrais un trésor enfoui sous ce pont.
     Le capitaine partit d’un grand éclat de rire :
     — Comment peux-tu être aussi bête pour suivre tes rêves ? Si j’écoutais les miens, je marcherais vers le nord pendant trois jours en suivant la rivière et je trouverais un moulin. Il faudrait que je creuse au cœur de ce moulin pour trouver un trésor qui ferait de moi un homme immensément riche. Mais je ne suis pas fou !
     Et il ordonna à ses gardes d’escorter l’homme aux portes de la ville et lui en interdit désormais l’accès.
 
     Le meunier, songeur, se hâta de retourner chez lui.
     Là, il creusa au beau milieu de son moulin et déterra un petit coffre vermoulu. Il contenait seulement un vieux parchemin. En le déroulant, le meunier put y lire inscrit en lettres d’or : « Ce qu’il y a de plus précieux au monde est à l’intérieur de toi. »
     Le meunier se mit à rire en comprenant le message.
     Il était allé bien loin chercher le trésor qu’il portait en lui depuis toujours.
     Ce trésor était son cœur et tout le bonheur du monde y était contenu.
 

 

 
Johanna Marin Coles ; Lydia Marin Ross
L’Alphabet de la Sagesse
Paris, Albin Michel Jeunesse, 1999
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