La page de terre

La page de terre_1

 

     Aména est une petite fille africaine. Quand elle sort de sa case, tôt le matin, elle dit au revoir à Chaka son cousin qui part à pied à l’école avec quelques provisions. Aména aimerait bien aller à l’école elle aussi pour apprendre à lire, à écrire, et à compter. Mais, elle doit aider sa maman qui a beaucoup de travail.
     Aujourd’hui, c’est jour de lessive. Aména accompagne sa mère au marigot. Comme elle, elle mouille le linge, le savonne, le frotte, le rince, l’essore et enfin l’étend sur l’herbe pour qu’il sèche. Elles reviennent ensuite au village, le linge plié et empilé dans des bassines qu’elles portent sur la tête. Il faudra retourner au marigot et faire plusieurs voyages pour avoir une réserve d’eau nécessaire à la cuisine, à la toilette…
     « Aména, il n’y a presque plus de bois pour faire cuire le repas, va en chercher ! » demande sa maman.
     Tout en faisant sa corvée, Aména rêve : « À quoi ressemblent les lettres ? Aux rayures du zèbre ? Aux dessins du tissu des pagnes ? À la forme des branches ? À la trompe de l’éléphant quand il chasse les mouches ? Combien de morceaux de bois ai-je ramassés ? »
     « Aména, Aména, apporte ton fagot pour le feu ! » crie sa maman.
     Quand les ignames sont cuites, il faut les piler dans un grand mortier avec un peu d’eau. La mère et la fillette en font de grosses boules et préparent une sauce. Les hommes arrivent des champs et les femmes les servent. Elles mangent à côté et surveillent le repas des enfants. Cet après-midi, Aména va garder son petit frère pendant que sa maman ira travailler au champ de mil.
     Elle installe le bébé sur une natte et chante une berceuse, elle chante son rêve :
     « J’aimerais aller à l’école. J’aimerais tant apprendre à lire. J’aimerais savoir compter. Mais toi, petit frère, tu ne comprends pas mon rêve. »
     Le soir tombe, Chaka revient de l’école.
     « Chaka, Chaka, apprends-moi ce que tu sais ! » demande Aména.
     Le petit garçon prend un bâton et dessine de belles lettres sur le sol, la page de terre. Il lit les mots. « Répète » dit gentiment Chaka à Aména.
     Il est temps d’aller se coucher, les familles rentrent dans leur case.

 

La page de terre_2

 
     Le lendemain matin, Aména court voir sa page de terre pour réviser, mais les lettres et les mots ont disparu.
     « Est-ce la nuit, est-ce le vent qui les ont emportés ? » se demande la fillette.
     Des larmes coulent sur ses joues. Elle pense soudain au griot, le vieux griot qui sait tout. Il est assis sous le baobab, elle court le rejoindre et lui dit : « Griot, aide-moi, les filles ont aussi le droit d’aller à l’école. Je passe trop de temps à aller chercher de l’eau. »
     Le griot ferme les yeux et cherche dans sa mémoire le temps ancien et raconte : « Je me souviens de la Grande Dame d’Afrique au bâton magique, noir comme la peau, rouge comme la terre et jaune comme le soleil de midi, qui trouve l’eau cachée dans le sol. Il faut la retrouver. »
 
     Le griot rassemble tous les habitants du village et ceux des villages voisins pour retrouver la Grande Dame d’Afrique.
     Après plusieurs semaines de recherche, un matin, Aména revient avec elle. La Grande Dame d’Afrique se déplace dans tout le village en secouant son bâton magique pendant que les villageois dansent la danse de l’eau. Soudain, le bâton se met à taper le sol. La Grande Dame d’Afrique s’écrie :
     « L’eau est au fond de la terre, il faut creuser ! »
     Au bout de plusieurs semaines de travail, enfin, l’EAU ! Il y a maintenant un puits au village. La vie est beaucoup plus facile sans les corvées d’eau.
     Depuis, Aména et toutes les petites filles vont à l’école comme Chaka. Aména a réalisé son rêve. Et sous le baobab, elle a écrit sur la page de terre pour le griot et la Grande Dame d’Afrique : « Merci ! »

 

La page de terre_3

 

La page de terre
Écrit par la classe gagnante du Concours « Lire égaux » 2009 /
Laetitia Lesaffre
Vincennes, Éd. Talents Hauts, 2010

 

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