Le Carnaval de la savane

                        Carnaval de la savane11.1

 

      Chaque année, pour fêter la fin de la sécheresse, une joyeuse animation envahit la savane.
      Tous les animaux se retrouvent, car c’est…
LE CARNAVAL !
 
      Plus que cinq jours pour préparer les costumes avant le grand défilé.
      — Cette année, c’est Albina la girafe blanche qui sera présidente du jury, s’écrie une autruche.
      — Oui, oui, on sait, bougonne le lion, j’ai dû lui laisser ma place.
      — Au lieu de râler, tu ferais bien de penser à ton déguisement !
      — De toute façon, nous serons les plus beaux, fanfaronne le groupe des hippopotames !
      — Vous ? Les plus beaux ? Les plus rigolos peut-être, on peut vous prêter des plumes si vous voulez ! gloussent les autruches.
      — Pfff, espèces de sottes, moquez-vous, vous verrez bien !
      ÇA Y EST, C’EST PARTI !
      Les zèbres, les girafes, les gazelles, les crocodiles : tout le monde est arrivé.
      Maintenant, chacun doit préparer son costume.
      Dans leur grand acacia, les tisserins eux aussi sont de la fête. Ça piaille, ça crie, ça vole : quel concert !
      Alors que tout le monde s’agite, Malou, la plus petite des autruches, se tient à l’écart, l’air triste.

Carnaval de la savane5.1

      — Que t’arrive-t-il ? demande Okazou le tisserin, son ami de toujours. Tiens, il te manque des plumes sur la queue !
      — Je me suis accrochée dans les broussailles, mais ce n’est pas grave, répond Malou en s’éloignant.
 
      Le jour suivant, Okazou, occupé à ramasser des aiguilles pour son costume, voit arriver Malou dans un drôle d’état.
      — Ton cou est tout égratigné ! Tu as encore perdu des plumes ?
      — Je suis tombée dans un fossé, ce n’est rien, répond-elle timidement.
      — As-tu commencé ton costume ? Si tu veux, viens avec nous.
      — Non non, cette année, je n’ai pas envie de me déguiser, répond-elle en s’écartant rapidement.
      — Bizarre, bizarre, pense le petit oiseau. Malou adore le carnaval, elle m’inquiète.
 

Carnaval de la savane6.1

      Mais le temps presse et les costumes sont compliqués : le concert de piaillements reprend de plus belle.
      — Vous ne pouvez pas vous taire, bande d’agités !
      C’est la nouvelle autruche, arrivée depuis quelques semaines sur le territoire. Les tisserins ne l’aiment pas. Orgueilleuse et moqueuse, elle s’est déjà disputée avec les autres autruches. Maintenant, elle fait équipe avec le rhinocéros noir.
      — Vous n’avez qu’à aller plus loin si on vous gêne ! ripostent les oiseaux.
      — Ils se sont bien trouvés, pense Okazou, les deux plus méchants ensemble !
 

Carnaval de la savane7.1

      Le lendemain, le petit tisserin est inquiet, il cherche Malou. Quelques acacias plus loin, il aperçoit son amie, assise, la tête cachée dans ses ailes.
      — Malou, que se passe-t-il ? Oh la la ! Mais tu n’as plus de plumes !
      — Je t’ai déjà dit de me laisser. Je… Je suis malade, je perds mes plumes.
      — Mais il faut te soigner, c’est très grave !
      — Non, non, je peux me débrouiller toute seule. Va rejoindre tes amis.
      L’oiseau s’éloigne.
      — Elle me cache quelque chose, dit-il à ses copains. Je n’ai jamais entendu parler de cette maladie. Il faut la surveiller.
 Carnaval de la savane4.1
      La journée se termine. Malou est restée à l’écart derrière des arbustes.
      Trop occupé par tous les préparatifs, personne, en dehors d’Okazou, ne s’est rendu compte de son absence. Perché sur une branche d’acacia, le petit tisserin l’observe.
      — Elle a l’air bien mal-en-point, pense-t-il.
      Un bruit dans les broussailles le fait sursauter.
      DEUX MASSES SURGISSENT.
      — Salut ma belle !
      — Alors, on se cache ? On ne veut plus voir ses amis ?
      — Tu as nos plumes ? gronde l’autruche.
      — Non, je n’ai plus rien, vous m’avez tout pris !
      — Tu devais en trouver, dit le rhinocéros en lui donnant un coup de corne. Tu peux bien en prendre quelques-unes à tes sœurs !
      — On te laisse jusqu’à demain soir, tu as intérêt à les avoir, sinon tu risques de ne plus jamais voir le carnaval ! annonce la grosse autruche en lui lançant un coup dans les pattes.
      Okazou est scandalisé. Voilà donc la maladie de Malou. D’un bond il est près d’elle.
      — Qu’est-ce que tu fais là ? dit-elle en sanglotant.
      — J’ai tout vu. Tu ne vas pas te laisser intimider par ces deux brutes. Il faut te défendre.
      — Mais j’ai peur. Ça fait trois jours qu’ils me menacent et qu’ils me battent !
      — Trois jours ! Et personne n’a rien vu ! s’écrie Okazou. Maintenant c’est fini, je vais t’aider à t’en débarrasser.
      — C’est très gentil, mais tu es tout petit et eux sont grands et cruels !
      — Petit, mais malin, et je ne suis pas tout seul : j’ai toute ma bande.
      — Viens, allons dormir. Demain nous chercherons un plan d’ataque.

Carnaval de la savane9.1

      Le lendemain matin, tous les tisserins sont informés du problème de Malou.
      — Ils se croient tout permis parce qu’ils sont grands et forts !
      — Nous allons les attaquer !
      — On va leur percer le ventre !
      — Leur piquer les fesses !
      — Et leur arracher les poils du nez !
      — Du calme, dit Okazou, réfléchissons, ce soir on va leur tendre un piège.
      Le crépuscule descend sur la savane. La petite autruche s’installe sous l’acacia.
      — Sois forte, Malou, nous sommes tous là, l’encouragent les oiseaux.
      — Attention, ils arrivent ! s’écrie un tisserin.
      — Salut, la belle ! dit le rhinocéros en s’approchant. Tu as pensé à nous ? Où est-il notre petit cadeau ?
      — Non, je n’ai rien et vous n’aurez plus jamais rien ! répond Malou d’une voix forte.
      Le rhinocéros se met à rire.
      — J’ai dû mal comprendre, dit-il en lui pinçant une aile. Mademoiselle se rebelle ?
      À ce moment-là, un grondement d’ailes s’abat sur lui. Les tisserins enfoncent leur bec comme une mitraillette dans les narines, les oreilles, le museau et le ventre du rhinocéros. D’autres oiseaux, munis de grandes lianes, se précipitent et le ligotent en quelques secondes.
Devant cet assaut, la grosse autruche veut s’échapper. Mais Okazou et Malou sont plus rapides. Le premier lui picore violemment la tête à coups de bec, la seconde lui attrape les pattes. Aidés par tous les autres tisserins, ils parviennent rapidement à l’immobiliser.
      QUELLE BAGARRE !
 

Carnaval de la savane10.1

      Les oiseaux sont fiers ! Ils ont réussi à capturer les deux voyous.
      — Merci, dit Malou, vous m’avez sauvée.
      — Allons prévenir les autres animaux de ce qui vient de se passer.
      Rapidement, tout le monde se retrouve sous l’acacia. Le plus vieux des éléphants s’approche des deux gaillards.
      — Pour avoir un beau costume, vous n’avez pas hésité à vous en prendre à Malou. C’est tellement facile de taper sur les plus petits ! Vous resterez attachés à cet arbre jusqu’à la fin du carnaval.
      — Mais c’était pour rire, bredouille la grosse autruche. On ne voulait pas lui faire de mal, juste un peu peur…
 
      Tous les tisserins entourent Malou.
      — Tu n’as plus rien à craindre maintenant, tes malheurs sont finis.
      — Demain, tu viens au carnaval avec nous !
      — Mais regardez, c’est impossible ! Je n’ai pas de costume et je suis toute déplumée.
      — C’est trop injuste, dit Okazou, toi aussi tu dois y participer, comme tout le monde.
      — Oui, mais avec quoi ?
      — J’ai trouvé, j’ai trouvé, crie soudain un petit oiseau… Le défilé a lieu demain soir, on a juste le temps de se préparer. Allons vite nous cacher derrière les acacias, je vais vous expliquer…
      En deux battements d’ailes, les voilà tous partis, piaillant d’impatience.
      QUELLE EST DONC CETTE IDÉE ?
 
      Le grand jour arrive, le défilé peut commencer…
      Les tisserins et Malou sont les derniers à passer. Les voilà qui apparaissent, dans un scintillement de couleurs.
      — QUE C’EST BEAU ! On dirait un arc-en-ciel de plumes ! s’extasient les hippopotames.
      — Ouais, c’est pas mal, marmonne le lion.
      La délibération du jury est rapide.
      — À l’unanimité, nous déclarons Malou et les tisserins vainqueurs du carnaval, proclame Albina la girafe blanche.
      Un tonnerre d’applaudissements éclate à cette annonce.
 

Carnaval de la savane14.2

      Et pendant ce temps, toujours attachés à l’acacia, couverts de colle, d’herbes, de poils, de boue… nos deux vauriens se chamaillent.
      — C’est dégoûtant toutes ces cochonneries qu’on nous a jetées !
      — C’est de ta faute, c’est toi qui a eu l’idée d’embêter Malou ! Tu vois où ça nous a menés !
      — Oui, mais c’est toi qui a frappé le premier…
 
      À la nuit tombée, après une journée inoubliable, le petit oiseau regarde tendrement Malou.
      — « Okazou » tu aurais besoin de moi, je serai toujours là. Mais promets-moi, quand tu auras un problème, de ne plus faire l’autruche !

 

Carnaval de la savane15.1

 
  
Florence Guiraud
Le Carnaval de la savane
Paris, De La Martinière Jeunesse, 2004
 
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