Le cousin d’Afrique

     Le cousin d´Afrique1

 

     Au mois d’octobre, le chat Samuel avait envoyé une lettre à son cousin d’Afrique, le lion Arthur.
     « Cher Arthur ! » lui avait-il écrit, « ça fait maintenant cinq ans que je suis allé chez toi, dans la savane africaine. Il faisait toujours très chaud, mais j’ai gardé un très bon souvenir de ce séjour. Je voulais te dire que j’ai maintenant trouvé la maison de mes rêves. Elle est au bord d’un lac entouré de montagnes, dans le pays des chats. Tout autour il y a des forêts, et l’air est très pur.
     Mon cher Arthur, tu m’avais promis autrefois de venir me voir quand j’aurais trouvé la maison de mes rêves. Le moment est venu ! Ça nous ferait terriblement plaisir, à moi et à mes trois souris, si tu pouvais venir nous rendre visite ! Tu n’as qu’à passer l’hiver ici ! Ce serait formidable. On ferait des balades ensemble, dans la neige, au milieu des forêts, et le soir on s’assiérait au coin du feu pour discuter. Je suis sûr que ça te plairait ! À bientôt j’espère, ton Samy. »
     En fait, Samuel ne se faisait guère d’illusions. Il savait que l’Afrique était très loin, et qu’il y avait peu de chances pour qu’Arthur fasse le déplacement.
     Or voilà qu’un jour du mois de décembre, il entendit un bruit de moteur pas comme les autres. Il sortit sur le pas de sa porte et vit arriver un avion jaune, piloté par un singe. L’appareil fit trois fois le tour du lac, puis se posa dessus. Et quand la porte s’ouvrit, qui vit-il descendre ? Son cousin le lion, qui arrivait tout droit d’Afrique !
     Samuel se dépêcha d’aller le chercher avec sa barque.
     Le lion se plaisait beaucoup chez le chat Samuel, du moins pendant les premiers jours. C’était si différent de l’Afrique, toutes ces montagnes. Et la maison de Samuel était vraiment très agréable. Mais une chose le contrariait : c’était le temps.
     « Samy », dit-il un jour, « tu as oublié de me dire dans ta lettre qu’il faisait si froid ici ! J’ai beau avoir une grande crinière et une fourrure épaisse, j’ai toujours l’impression d’être gelé – surtout aux pattes. »
     « Ce n’est rien, tu finiras par t’y habituer », lui dit le chat. « Les souris vont te tricoter des chaussettes bien chaudes, et je vais te donner une de mes paires de bottes. »
     Hélas, rien n’y fit. Le lion tomba malade. Il se mit à tousser et eut de la fièvre. Il dut se mettre au lit. Pendant tout l’hiver, il resta à la maison, où il se remit lentement de sa maladie. Par la fenêtre, il voyait les paysages enneigés sans pouvoir aller s’y promener.
     Le chat Samuel et ses trois souris faisaient bien tout leur possible pour le soigner, mais ce n’est qu’au début du mois de mars que la toux cessa. C’était aussi la fin de l’hiver, et l’avion jaune piloté par le singe ne tarda pas à revenir chercher le lion, pour le ramener en Afrique.
     Samy accompagna son ami en bateau jusqu’à l’hydravion.
     « Au revoir, Samy », dit le lion. « Je suis désolé d’être tombé malade et de vous avoir causé tant d’ennuis. C’est très beau, l’hiver, chez vous, mais à regarder simplement. L’année prochaine, c’est ton tour de venir me rendre visite. Emmène aussi tes souris, je crois que l’Afrique leur plaira ! »
     « Entendu ! » répondit Samuel en tendant la patte à son cousin.
     Et l’avion repartit vers des pays où il fait toujours chaud.
 

 

Erwin Moser
Un drôle d’invité
Paris, l’école des loisirs, 1990
Publicités