Avec ce livre

Avec ce livre

 

Avec ce livre,
je rêve mais je ne dors pas.
J’arrive dans un monde inconnu :
d’autres pays, d’autres gens.
Tout est nouveau.

 

S’il y a du danger,
moi je suis en sécurité.
Fini l’ennui !
Si on me parle, je ne réponds plus.

 

Le livre est le bagage le plus petit
et le mieux rempli :
j’en emporte toujours en voyage
et j’en ouvre un à mes heures perdues.

 

Le moindre livre suffit
pour des journées de lecture :
comment peut-il être si petit ?
Quelquefois j’en ai aussi un pour la promenade ;
je peux m’arrêter n’importe où
et l’ouvrir.
Alors ma pensée
suit des chemins invisibles.

 

Ce que je ne sais pas,
je peux toujours le trouver
dans un livre : il y en a tellement !
Si je le choisis bien
et si je l’ouvre à la bonne page
– c’est facile quand c’est un dictionnaire ! –
je peux répondre à tout.

 

Mais dans ce livre
je découvre beaucoup de choses
que je n’avais même pas imaginées :
j’aurais pu rester longtemps
sans les connaître,
sans les chercher.

 

Les hommes ont commencé à se parler.
Quand ?
Les hommes ont commencé à s’écrire :
ils s’envoyaient des tablettes de cire,
des peaux de bête gravées,
des parchemins.
Aujourd’hui un seul homme
peut diffuser son livre
à des millions de lecteurs !

 

Quand j’ouvre un livre,
je me demande bien qui l’a écrit.
C’est peut-être un auteur très ancien.
C’est peut-être un étranger.
Mais c’est peut-être
quelqu’un que j’ai rencontré dans la rue
sans le savoir.
Est-ce qu’il me ressemble ?

 

Si j’écrivais aussi pour lui répondre ?

 

Michel Berger
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