Le gâteau disparu

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      Un, deux, trois, quatre, cinq… Maman Monlapin compte les gâteaux à la carotte qu’elle a préparés pour le piquenique d’aujourd’hui.
      « C’est bizarre ! dit-elle. J’en ai fait six, un pour chacun de mes petits lapins, je les ai mis à refroidir, mais maintenant il en manque un.
      — C’est Martin qui l’a pris ! crie Mélanie.
      — Ce n’est pas vrai, marmonne Martin.
      — Il ment ! hurle Marcellin.
      — Ce n’est pas vrai ! ronchonne Martin.
      — Je l’ai vu le manger, affirme Mathilde.
      — Moi aussi, confirme Modeste.
      — Dis la vérité ! exige Marie-Rose.
      — Vous êtes tous des méchants ! se fâche Martin.

 

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      — Mes chéris, s’il vous plaît, laissez-lui une chance ! dit Maman Monlapin en regardant son petit lapin Martin. Allez, avoue la vérité. As-tu pris, oui ou non, le gâteau à la carotte ?
      — Non, maman, répond Martin. Ce n’est pas moi ! J’étais à côté et je soufflais dessus pour le faire refroidir quand…
      — Quand quoi ? s’inquiète Maman Monlapin.

 

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      — Quand un gros cochon gras tout crotté est arrivé. Il m’a poussé et il a volé le gâteau.
      — Un cochon tout crotté ? répète Maman Monlapin.
      — Oui, oui ! dit Martin. Un gros cochon gras tout crotté !
      — Oh ! la ! la ! s’exclame Maman Monlapin. Je ferais mieux de te donner un bain. »
      Elle ouvre le robinet d’eau chaude, prend la brosse à gratter, puis le savon au chardon bleu.
      Oh ! la ! la ! Martin déteste par-dessus tout l’odeur et le piquant de ce vilain savon à récurer.
      « Mon petit lapin, saute dans la bassine ! lui ordonne Maman Monlapin.
      — Attends ! gémit-il. Je m’en souviens maintenant ! Ce n’était pas un cochon tout crotté.
      — Arrête de dire des bêtises ! s’écrie Maman Monlapin. Les cochons sont toujours tout crottés. Allez, hop ! Au bain !
      — Mais… Ce n’était pas un cochon… avoue Martin. C’était un gros chien. Il m’a poussé et il a volé le gâteau à la carotte…
      — Un gros chien ? répète Maman Monlapin.
      — Oui, oui, répond Martin. Tu sais, le gros chien plein de poils qui habite au bas de la route.
      — Ne bouge pas ! ordonne Maman Monlapin.
      — Pourquoi ?
      — Parce que ce gros chien plein de poils est couvert de puces ! »
      Maman Monlapin ouvre vite l’armoire à pharmacie.
      « Ah, voilà la poudre antipuces !
      — Mais, maman… dit Martin.
      — Tiens-toi tranquille, et retiens ton souffle. Il faut que je te saupoudre de la tête aux pattes.
 

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      — Non ! proteste Martin. Je me suis trompé, ce n’était pas un chien.
      — Ce n’était pas un chien ? s’étonne Maman Monlapin.
      — Non, non… C’était… C’était… un rusé renard, affirme Martin.
      — Un renard ! gémit Maman Monlapin. Nom d’un petit lapin ! Vite, les enfants, fermez toutes les portes ! Nous n’irons pas pique-niquer aujourd’hui.
      — Flûte de flûte ! proteste Mélanie.
      — Pourquoi ? demande Mathilde.
      — Où est le problème ? veut savoir Modeste.
      — Un renard, un rusé renard, rôde près de l’entrée du terrier… » explique Maman.
       Martin ne peut plus regarder personne. Il se recroqueville sur lui-même, ferme ses yeux roses. De sa vie entière, il ne s’est jamais senti aussi malheureux. Il sait qu’il a gâché la journée de tout le monde et il est désolé, vraiment.
       « Maman, dit-il tandis qu’une grosse larme brûlante coule sur sa joue, je m’en souviens maintenant. Celui qui a mangé le gâteau, c’était…
      — Ce n’était pas le renard ? » s’étonne Maman Monlapin.
      Martin fait non avec la tête.
      « Alors, c’était le gros chien plein de poils. À moins que ce ne soit le cochon… suppose-t-elle.
      — Ce n’était ni l’un ni l’autre. C’était moi ! avoue-t-il en sanglotant. Je l’ai mangé et je suis désolé d’avoir gâché le pique-nique…
      — Moi, je suis désolée que tu n’aies pas dit la vérité en premier, soupire Maman Monlapin.
      — Moi aussi, dit Martin. C’est si dur à garder pour soi, les gros mensonges…
 
      — Mais je suis bien contente de deux choses, ajoute Maman Monlapin.
      — Lesquelles ? veut savoir Martin.
      — Eh bien, tout d’abord que tu aies dit la vérité ! Il ne faut JAMAIS mentir ! Ensuite, que le renard ne rôde pas par ici ! »
      Martin, ses frères et ses sœurs sourient… soulagés.
      « Alors, on va pique-niquer ? demande Marcellin.
      — Oui, oui, oui, allons-y ! ajoutent Mélanie, Mathilde et Marie-Rose.
      — Bien sûr ! » dit Maman Monlapin.
 
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      Et avec ses six petits lapins, elle se rend dans un pré. Là, Martin l’aide à étendre la nappe, puis, tandis que Modeste, Mélanie, Mathilde, Marcellin et Marie-Rose mangent leurs gâteaux à la carotte, lui, il grignote seulement… une feuille de trèfle.
      On ne doit jamais mentir…

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Joanne Oppenheim
Le gâteau disparu
Paris, Hachette, 1991
(adaptation)
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