Le froid qui vient du dedans

Froid1

 

     Une avalanche de neige a bloqué six hommes dans une caverne. Les secours n’arriveraient qu’au petit matin. Avec un peu du bois que chacun transportait, ils ont allumé un feu autour duquel ils se réchauffaient. Tous savaient que, si le feu s’éteignait, ils mourraient de froid avant même l’arrivée des secours.
     Le premier de ces hommes qui devait mettre son bois sur le feu était quelqu’un de raciste qui trouvait que tous ceux qui l’entouraient avaient la peau foncée. Alors, il se dit en lui-même : « Jamais je ne donnerai mon bois pour réchauffer un noir ! », et il a gardé son fagot.
     Le deuxième homme était un riche avare qui se trouvait là parce qu’il espérait percevoir les intérêts d’une dette. Observant tout autour de lui, il a posé son regard sur un homme à l’aspect rude, portant des vêtements raccommodés. Pendant qu’il comptait son bois et rêvait du bénéfice qu’il obtiendrait de la dette, il pensait : «Je ne vais certainement pas donner mon bois pour chauffer un paresseux ! ». Et lui aussi, il garda son fagot.
     Le troisième homme était un noir dont les yeux étincelaient de haine et de ressentiment. Sa souffrance physique et morale ne lui avait rien appris et, donc, il pensait : « Je vais sûrement avoir besoin de ce bois pour me défendre. En plus, jamais je ne le partagerais avec ceux qui m’oppriment. » Et lui aussi, il garda son bois.
     Le quatrième était un pauvre homme qui habitait la montagne, qui en connaissait les chemins, les dangers et les secrets de la neige : « Comme cette tempête de neige peut durer plusieurs jours, je vais garder mon bois. » Et, lui aussi, il le garda.
     Le cinquième homme fixait les braises et semblait absent. Comme il était trop absorbé par ses fantaisies, il ne pensait même pas à se rendre utile. Lui aussi a gardé son fagot.
     Le sixième et dernier de ces hommes dont les rides au front et les durillons aux mains révélaient une vie bien dure, pensait : « Ce bois est à moi et il m’a couté une vie de travail. Je ne donnerai pas la moindre de mes brindilles. » Et, ainsi, lui aussi, il garda son fagot.
     Personne n’a bougé et le feu a fini par s’éteindre.

 

     Au petit matin, quand les secouristes sont arrivés, ils ont trouvé six cadavres congelés, chacun tenant son fagot de bois. Tout en regardant le triste tableau, le chef de l’équipe commenta :
     — Ce n’est pas le froid qui venait du dehors qui les a tués. C’est le froid qui venait du dedans.
 

Auteur inconnu

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