Les rêves de Joseph

   
L.

 

    Chaque fois que, l’après-midi, Joseph rentrait de l’école, il allait dans sa chambre et s’asseyait sur le lit pour contempler le monde. Si sa mère ou son père lui demandaient ce qu’il faisait, le petit garçon répondait qu’il « saisonnait » le monde.
    La vérité est que Joseph faisait deux choses à la fois : tandis qu’il regardait le bleu du ciel, parfois plein de petits ballons blancs ou gris – par journée claire ou pluvieuse –, il avait une énorme envie d’ajouter quelques petits grains de sel au soleil et de le faire frire sur un de ces ronds-là.

 

    « Saisonner » était donc, pour lui, rendre le monde plus joli, plus délicieux… S’il trouvait une petite tache au mur, il imaginait tout de suite un petit lac plein de poissons dorés, et il se mettait à parler avec eux. S’il voyait un écureuil courir parmi les arbres, il le suivait dans sa tête jusqu’au terrier, pour faire la connaissance de toute la famille du petit animal… Et si, par hasard, un oiseau atterrissait sur une branche devant sa fenêtre, Joseph lui demandait des nouvelles des pays lointains qu’il avait visités…

 

    Pourtant, ce qu’il aimait le plus c’était de voir la Lune et les étoiles quand le jour s’achevait. Mais hélas ! il ne les voyait que très rarement. La plupart du temps, la pollution ou le brouillard l’empêchaient de regarder les petits points lumineux qui semblaient avoir été brodés sur le tapis bleu du ciel. Pourtant, le petit garçon ne renonçait jamais à les rechercher ! Ni à demander qui les avait mis là et qui les retenait…

 

    Un jour, il demanda à la Lune, dont le visage était rond et gentil :
    — Quel est le briquet géant qui allume tant de bougies ?
    La Lune répondit alors :
    — Toutes les nuits, pendant que tu dors, il y a dans tes rêves les réponses à toutes tes questions… Mais fais attention : elles ne se présentent pas toutes à la fois. Soit l’une, soit l’autre… Pourtant, si tu « saisonnes » le monde de tes rêves avec le même plaisir que tu éprouves à « saisonner » le monde autour de toi, tu auras toujours des réponses à tes questions. Pendant toute ta vie… Fais-moi confiance !

 

    Et, cette nuit-là, Joseph se coucha plus tôt et s’est endormi, le cœur plein de joie, en attendant ses rêves…

 

C. Pontes

 

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