Rafara : un conte africain

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     On raconte qu’elles étaient trois filles d’un même père. La plus jeune était douce et gentille. Les deux aînées la jalousaient et lui voulaient du mal.
     Un jour qu’elles cueillaient des morelles dans les bois, les deux méchantes filles s’enfuirent en abandonnant leur petite sœur.
     Bientôt, la nuit descendit sur la forêt. Les fourrés s’emplirent de bruits étranges.
     Tout devint obscur.
     La fillette tremblait de peur.
     Elle finit pourtant par s’endormir.

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     Mais le monstre Trimobe surgit à la première lueur de l’aube. Il s’empara de la malheureuse enfant et l’emporta à travers bois.
     « Tu seras ma fille Rafara », dit-il.
     « Je serai Rafara ta fille puisque le sort en a décidé ainsi », répondit la fillette.
     Mais Trimobe n’avait nullement l’intention de traiter Rafara comme sa fille chérie. Il l’enferma dans son antre et la gava des nourritures les plus appétissantes.

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     Son projet était de la déguster lorsqu’elle serait bien grasse et bien dodue.
     Chaque jour, Trimobe partait à la recherche de nourriture en recommandant à Rafara de n’ouvrir à personne. Et chaque jour, il revenait les bras chargés de mets délicieux pour sa fille.
     Chaque soir, sous prétexte de l’embrasser comme le ferait un bon père, il lui sentait les côtes pour savoir si elle serait bientôt à point. Et chaque soir, Rafara le suppliait :
     « Mon bon Trimobe, laisse-moi rentrer au village pour rassurer ma famille… »
     « Patience, chère petite, je t’y conduirai bientôt », lui répondait Trimobe. Mais c’est au village des morts qu’il avait l’intention de l’emmener.
     Une nuit, tandis que le monstre ronflait comme dix soufflets de forgeron, une petite souris se glissa sous l’oreiller de Rafara.
     « Rafara, Petite Mère », dit la souris, « j’ai faim… Donne-moi un peu de riz. » Rafara tendit aussitôt à la souris l’écuelle qui était sous son lit.
     « Merci », dit la souris. « Puisque tu as bon cœur, je vais t’aider. Si Trimobe te trouve ici demain, il te mangera. Lève-toi et fuis immédiatement ! »
     « Mais si je fuis, il me rattrapera », dit la fillette.

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     « Emporte ce bâton, cette pierre et cet œuf et, en chaque occasion, écoute ton intuition », dit encore la souris. Rafara ouvrit doucement la porte et gagna la forêt, tenant contre son cœur les trois cadeaux de la souris.

 

     Lorsque Trimobe se réveilla et se dirigea vers le petit lit de bambou où dormait habituellement Rafara, il le trouva vide. Il piqua une colère terrible.
     « Heureusement que Rafara est déjà loin ! » se dit la souris qui observait le monstre depuis sa cachette. Mais Trimobe avait un flair remarquable.
     Il eut vite fait de retrouver la trace de la fillette et de la rejoindre, car il courait dix fois plus vite qu’elle.
     « Je te tiens ! » grogna-t-il en levant les bras pour la saisir.
     Rafara jeta alors le bâton derrière elle en disant :
     « Cher bâton, cadeau de la souris, transforme-toi en lac ! »
     On raconte qu’aussitôt le bâton se transforma en un lac vaste et profond qui mit la fillette à l’abri du monstre.
     Mais pas pour longtemps. Car Trimobe avait une bouche énorme. À chaque gorgée, il avalait le contenu de mille jarres ! Et quand il fut de nouveau tout près d’elle, la fillette se souvint de la pierre et la jeta en disant : « Chère pierre, cadeau de la souris, transforme-toi en forêt ! »

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     On raconte qu’aussitôt une immense forêt se dressa entre Rafara et le monstre.
     Mais Trimobe avait une queue puissante et tranchante comme une hache. Il eut vite fait d’abattre tous les arbres de la forêt et de rattraper la fillette. Rafara jeta alors l’œuf en disant :
     « Cher œuf, cadeau de la souris, transforme-toi en montagne ! »
     On raconte que la fillette se retrouva aussitôt au sommet d’une haute montagne. On raconte aussi que Vovondréo, grand oiseau aux ailes puissantes passait par là et que Rafara l’appela : « Vovondréo, gentil oiseau, prends-moi sur ton dos et ramène-moi dans mon village. Je te promets en récompense des pierres de toutes les couleurs qui feront scintiller ton plumage. »
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     Vovondréo, qui avait un plumage plutôt terne, accepta avec joie. Il emporta Rafara sur son dos et la déposa devant la case de ses parents.
     Rafara décora les ailes de Vovondréo de mille pierres précieuses puis elle salua le bel oiseau qui s’envola vers d’autres cieux.

 

      On raconte que le père fut rempli de joie quand il retrouva sa fille chérie mais que sa colère fut terrible lorsqu’il apprit que ses deux aînées avaient abandonné leur petite sœur dans la forêt. Il voulut leur couper les mains mais Rafara le supplia de les épargner. « Soit », dit le père, « je vous fais grâce. Mais s’il vous arrive encore d’être jalouses et méchantes, c’est le cou que je vous trancherai ! »
     On raconte enfin qu’en grandissant, Rafara devint si jolie que le fils du roi la demanda en mariage.
     On raconte même… Mais ceci est une autre histoire !

 

Anne-Catherine De Boel (ill.)
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