L’arbre voyageur

L´arbre voyageur

 

    Par un beau jour de septembre, les écureuils Touftouf et Mikado découvrirent dans leur forêt un arbre étrange. Il était énorme, et son tronc avait un gros trou.
    « C’est drôle. Je croyais connaître tous les arbres de cette forêt, mais celui-là, je ne l’avais encore jamais remarqué ! » dit Touftouf.
    Les deux écureuils grimpèrent jusqu’au trou et s’aperçurent que l’intérieur du tronc était creux.
    « Ça me plaît ici », dit Mikado. « J’ai toujours rêvé d’avoir beaucoup de place pour dormir. Si on emménageait ici ! Qu’en penses-tu, Touftouf ? »
    « Je ne sais pas. Quelque chose me semble anormal », dit Touftouf. « Cet arbre est différent des autres. »
    « Tu as raison ! » dit soudain une voix profonde. « Je ne suis pas comme les autres arbres. »
    Les deux écureuils sursautèrent, prêts à s’enfuir.
    « Je vous en prie, n’ayez pas peur. Je suis simplement un arbre qui peut parler. »
    Effectivement, bien que profonde, la voix n’avait rien de méchant.
    « Si ça vous fait plaisir, je serais content que vous restiez ici. Mais il faut que je vous dise encore une chose. Je peux parler, mais je peux aussi marcher. »
    Touftouf et Mikado se regardèrent sans rien dire.
    L’arbre continua :
    « J’ai simplement fait une halte dans cette forêt. Mais demain, de bon matin, je dois me remettre en route. Si vous voulez partir avec moi, je vous emmène. »
    Quand Touftouf et Mikado se furent remis de leurs émotions, ils trouvèrent que l’idée de pouvoir voyager à l’intérieur d’un arbre n’était pas déplaisante du tout. Et plus ils y réfléchissaient, plus ils trouvaient même cette idée excellente.
    Le jour même, ils transportèrent toutes leurs provisions de noix et de noisettes dans l’arbre qui savait parler. Ils mirent de la paille à l’intérieur pour se faire un nid bien douillet et s’endormirent.
    Le lendemain, quand ils mirent le museau à la fenêtre, ils ne reconnurent plus le paysage. L’arbre avait marché toute la nuit, il traversait maintenant une région merveilleuse, comme nos deux écureuils n’en avaient encore jamais vu. Ils parcoururent ainsi de nombreuses terres inconnues, et chaque fois ils s’étonnaient de la beauté des paysages, découvrant à quel point le monde pouvait être différent.
    Mais ce n’était pas toujours sans danger. Une fois, en traversant un désert, ils furent attaqués par d’étranges animaux jaune et noir, qui poussaient des cris féroces. C’étaient des hyènes.
    Comme il n’y avait pas d’eau dans ce désert, l’arbre était déjà bien fatigué. Mais devant le danger, il rassembla toutes ses forces et se mit à courir le plus vite possible. Et il pouvait courir très vite ! Finalement, les hyènes abandonnèrent la poursuite. Ils étaient sauvés.
    Le soir, ils trouvèrent un trou rempli d’eau, et l’arbre put se désaltérer. Il resta là pendant trois jours, à tremper ses racines dans l’eau. Quand il eut retrouvé ses forces, il se remit en route vers de nouveaux pays.
    Quant à Touftouf et Mikado, ils étaient enchantés de cette vie pleine d’aventures.
 
 
 
 
Erwin Moser
Un drôle d’invité
Paris, l’école des loisirs, 1990
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