Moitié-moitié !

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      Les pommes sont mûres !
      « Super ! » s’écrie Sim et aussitôt le souriceau se met à dessiner une grande affiche.
      « Qu’est-ce que tu fais là ? » demande Henri le hérisson.
      « Une invitation pour tous nos amis :

 

Ce soir, GRANDE FÊTE DES POMMES chez Sim !
 

 

      Il ne reste plus qu’à aller chercher les fruits. Tu viens avec moi ? »
      « Bien sûr ! Je pourrai t’aider à les porter. »
      Munis de grands sacs, ils se mettent en route.
      Sim et Henri s’enfoncent dans la forêt.
      « Il est où, ton pommier ? » demande le hérisson, pas très rassuré.
      « Dans une grande clairière, je suis le seul à la connaître », répond Sim.
      « Mais… je vais le savoir aussi », dit Henri déconcerté.
      Sim éclate de rire.
      « Pas grave ! Entre amis, on partage ses secrets. »
      Mais en arrivant à la clairière…
      Plus une seule pomme ne pend à l’arbre !

 

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      « Ce n’est pas possible, s’écrie Sim ahuri. Avant-hier, les branches étaient encore pleines de grosses pommes rouges !
      « C’est que quelqu’un est passé par là et les a cueillies, soupire Henri. Viens, rentrons prévenir les autres. Notre belle fête tombe à l’eau. »
      Le cœur lourd, les deux amis font demi-tour.
      En premier, ils passent chez Rico le lérot.
      Mais là, Henri s’écrie :
      « Regarde ! Elles sont là, tes pommes ! »
      En effet. Un grand panier trône près du banc.

 

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      Sim est fou de rage.
      « Dis donc, c’est toi qui es allé chercher toutes les pommes ? »
      « Oui, dit Rico, fier de lui. C’était sacrément lourd. »
      « Et qu’est-ce que tu vas faire de tout ça ? » demande Sim.
      « Les manger, évidemment », s’étonne le lérot.
      « Tout… tout seul ? » bégaie le hérisson.
      « Bien sûr. Je les ai cueillies tout seul aussi. »
      « Bravo ! grogne Sim, furieux. Dans ce cas, tu peux aussi jouer tout seul à partir de maintenant. Un ami comme ça, non merci ! »
      Sim s’en va en boitillant, Henri le suit à petits pas.
      « Il ne veut jamais rien partager », marmonne le souriceau. On dirait qu’il a des sanglots dans la voix.
      Arrivé chez lui, il arrache l’affiche de l’arbre et lance à Henri :
      « Tu vas dire aux autres qu’il n’y a pas de fête ce soir ? Je suis fatigué, j’ai envie d’être tout seul. Salut ! »
      La porte se referme, et Henri s’en va trouver Tonia la taupe.
      « Quel sale tour ! se fâche Tonia. Et la belle fête, qu’est-ce qu’elle devient ? »
      « Annulée, soupire le hérisson. Pas de pommes, pas de fête ! »
      « Mais si ! s’écrie Tonia. Raison de plus pour la faire ! On n’a qu’à la changer en… fête aux crêpes. C’est ça ! Hier, j’ai ramassé des grains de blé que j’ai moulus en farine. Ça me fera plaisir de les partager avec vous. »
      La taupe sort un petit sac de son garde-manger et Henri l’aide à gagner l’étang.

 

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      La grenouille fait justement des saltos dans l’eau.
      « Greta, pas de fête des pommes ce soir ! crie Henri. Rico a cueilli toutes les pommes. Mais Tonia a de la farine pour nous et du coup, nous avons une fête aux crêpes. Tu viens ? »
      « Co-ah-oui ! coasse la grenouille. Greta veut aussi partager ! »
      Elle apporte une cruche d’eau dans laquelle flotte un abricot.
      « Quoi ? Un seul fruit pour cinq ? » s’étonne Henri.
      Mais un parfum sucré chatouille ses narines.
      « Ah… ça sent bon la limonade ! »
      « Sent bon, c’est bon… », dit Greta, son pichet dans les bras.
      Corentin tremble de colère en apprenant la nouvelle.
      « Les arbres sont à tout le monde ! s’exclame le corbeau. On ne peut pas ! Pauvre Sim… où est-il passé ? »
      « Il est chez lui, dit Henri. Il ne sait encore rien de cette fête aux crêpes. »
      « Ce sera une belle surprise, croasse Corentin. Allons-y ! Je dois juste remplir un panier de vers de terre et… »
      La taupe fait la grimace. « Berk ! Je ne veux pas de crêpes aux vers ! »
      « Mais non ! rit Corentin. Je passe au poulailler les échanger contre des œufs ! »

 

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      Au moment où ils arrivent chez Sim, quelqu’un frappe à sa porte.
      « Eh, Rico-le-radin. Qu’est-ce que tu fais là ? » demande le corbeau.
      « Je suis désolé… je n’avais pas réfléchi, dit Rico tête basse. Peut-être que vous en vouliez aussi ? Manger et jouer tout seul, ce n’est pas drôle… »
      « Merci Rico ! » s’écrie Sim tout heureux en prenant le panier.
      « Du coup, on pourrait faire des crêpes aux pommes ! » propose Tonia.
      « Je peux vous aider ! Ma maman m’a appris à en faire », ajoute Rico.
      « Mais où est passé Henri ? » se demande Sim.
      Il le trouve roulé en boule dans un buisson.
      « Tout… tout le monde a quelque chose à partager, sauf moi, » sanglote le petit hérisson.
      « Mais si ! proteste Sim. Sors de là et regarde-toi… »
      Intrigué, Henri quitte sa cachette.
      « Tes piquants sont pleins de brindilles, dit Sim. Et sans brindilles, pas de feu ! Tu peux en apporter encore un peu ? »

 

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      Bientôt, les six amis sont au travail.
      Farine, œufs, un peu d’eau… Tonia et Greta mélangent la pâte. Corentin et Henri allument le feu. Rico coupe les pommes en tranches et pour finir, Sim fait une immense crêpe tout en chantant :

 

 « Un bout pour toi, un bout pour moi
Et chacun de nous est le roi ! »

 

      « À table ! crie-t-il enfin. Il ne manque plus qu’un petit quelque chose… »
      Doucement, il saupoudre la crêpe d’une fine poudre blanche avant de la couper en six.
      « Qu’est-ce que c’est ça ? » demande Henri.
      Sim leur fait un clin d’œil.
      « C’est du sucre-neige. Avec ça, tout ce qu’on mange ensemble est encore meilleur ! »
      « Tu veux dire du sucre-glace ! » et tout le monde éclate de rire.
      Puis chacun se régale en silence et la crêpe disparaît jusqu’à la dernière miette.
      Seul Rico continue de fredonner :
      « Un bout pour toi… un bout pour moi… »

 

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