La perle

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Castor a trouvé un coquillage, et dans ce coquillage, il y a peut-être une perle… mais Castor apprend – grâce à un très mauvais rêve –
que les amis sont plus précieux que les riches trésors.
 
 

 

 
       Son petit voilier s’éloignait sur le lac. Mais Castor ne s’en apercevait pas. Il n’avait d’yeux que pour le coquillage découvert quelques instants plus tôt.
       Il l’inspectait de toutes parts. On aurait dit une huître perlière. Castor était sûr d’avoir trouvé un trésor. Un trésor dans un coffre-fort…
       Car que pouvait bien contenir la coquille d’une huître perlière, sinon une perle ?
       Au comble d’une joie tranquille, il serra le précieux coquillage tout contre son petit cœur, ferma les yeux et s’en fut au pays des rêves.
       Là, ses amis l’attendaient, stupéfaits. « Voici le plus riche d’entre nous », pensaient-ils. Castor les vit pâlir de jalousie.
       Ils lui demandèrent d’où venait la perle. Castor bégaya : « De… de la forêt. Je l’ai trouvée en coupant du bois, mais loin… très loin d’ici. »

 

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       Ses amis ne le croyaient pas. « Allons donc ! Les perles, ce sont les huîtres perlières qui les fabriquent… Et les huîtres, c’est dans l’eau qu’on les trouve, pas dans la forêt ! »
       Ils le laissèrent en plan et se mirent à chercher au fond du lac, près de la rive.
       « C’est mon lac ! s’écria Castor. C’est moi qui ai construit le barrage ! Les coquillages sont à moi ! »
       Il pouvait toujours crier, les autres s’en moquaient. Sauf l’ours, qui se mit en colère : « Et avec quoi l’as-tu construit, ton barrage ? Ce lac nous appartient autant qu’à toi avec tout ce qu’il contient, ses coquillages et ses perles ! »

 

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       Et Castor ne put qu’assister à l’arrivée d’autres habitants de la forêt, toujours plus nombreux, venus à la chasse au trésor. Comme la plupart ne savaient pas nager et encore moins plonger, ils démolirent le barrage pour assécher le lac.
       Dans la vase jusqu’aux genoux, ils pataugeaient, les chasseurs de trésor ; se jetaient sur chaque coquillage ; s’envoyaient toutes sortes de saletés à la figure.
       Au crépuscule, ils allumèrent un grand feu. Ils craignaient les chouettes et autres chauves-souris : ces rapaces, cachés par la nuit, pouvaient leur dérober leur huître perlière. Ils montèrent la garde, malgré les fatigues du jour.
       Le vent se leva, attisa le feu, fit jaillir des étincelles qui s’envolèrent vers la forêt et atteignirent le toit de chaume de Castor. L’incendie dévora tout.

 

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       Et Castor, et sa perle… Castor ne rêvait plus, mais tremblait encore. Son coquillage était toujours clos. Il le regarda pensivement. Enfin, il le prit comme un vulgaire galet et le renvoya au lac, d’où il venait. Sept ricochets avant de disparaître sous l’eau : Castor n’avait jamais fait si bien !

 

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       Parfaitement heureux, il s’élança à la poursuite de son petit voilier, là-bas, tout près de l’autre rive où ses amis l’attendaient.

 

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