Le rat des villes et le rat des champs

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        Un jour, le rat des champs invita son ami le rat des villes, à déjeuner chez lui. Celui-ci accepta l’invitation et, curieux, prit le chemin de la campagne.
        Le rat des champs se fit un vrai plaisir de le recevoir. Il prépara la table dehors, lui servit les délices de son jardin : des céréales, des baies sauvages, des fruits juteux et des feuilles savoureuses.
        « Mange donc, ne te fais pas prier, mon ami ! »
        Le rat des villes grignota du bout des dents, mais on voyait bien qu’il n’appréciait guère cette nourriture simple.
        « Tu devrais venir chez moi à la ville, proposa-t-il à la fin du repas. Tu ne peux pas imaginer le luxe qu’on y trouve. Je te ferai découvrir les mets les plus délicats. »
        Le rat des champs, un peu vexé, accepta cependant l’invitation.

 

        Ils partirent alors tous les deux vers la ville. Hésitant et craintif, le rat des champs suivit son ami dans les rues désertes. Il se sentit écrasé par la hauteur vertigineuse des maisons et se glissa furtivement d’un bâtiment à l’autre.
        « Nous y voilà ! » dit enfin le rat des villes en pénétrant dans une vaste salle à manger.

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        Le rat des champs en fut émerveillé. La table était couverte de fromages, de miel et de gâteaux de toutes sortes ! Jamais auparavant, il n’avait vu une telle abondance !
        « Goûte-moi ça, c’est délicieux ! » lui conseillait le rat des villes en désignant un morceau de fromage.
        Le rat des champs s’extasia à la vue de tous ces plats mais il n’avait pas même commencé à manger que la porte s’ouvrit bruyamment !

 

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        Les deux rats se précipitèrent vers un trou dans le mur, en tremblant de peur.
        Des pas lourds firent grincer le parquet.
        La peur au ventre, les rats se cachèrent et attendirent…
        Enfin, le danger s’éloigna.
        « Nous pouvons y retourner ! soupira le rat des villes. Viens, je meurs de faim ! »
        « Moi aussi », répondit le rat des champs.

 

        Cependant, le pauvre était encore si effrayé que son petit ventre se serra et il ne sentit même pas le goût du fromage.
        Juste au moment où ils voulaient goûter les desserts, la porte s’ouvrit à nouveau…
       

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        « Sauvons-nous ! » s’écria le rat des villes en fuyant vers le trou dans le mur.
        Le rat des champs se sentit épuisé. Au prix de tels dangers, il préféra renoncer au festin sans aucun regret.
        Il annonça au rat des villes :
        « Dès que la voie est libre, je retourne chez moi à la campagne. J’y mange peut-être modestement, mais en paix et sans la peur au ventre. »

 

        C’est ainsi que les deux rats se séparèrent.
        Jamais le rat des champs ne fut si content de retrouver sa petite maison !
        Et jamais plus, il n’eut envie de retourner chez le rat des villes.

 

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Ayano Imai
Le rat des villes & Le rat des champs
Paris, Minedition, 2010
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