Le trésor d’Ali

 

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      Ali marche, marche, marche depuis une heure, deux heures ?
      Ali a 10 ans, une outre rebondie en bandoulière.

 

 
L’eau est précieuse dans le désert.

 

 
      Il a quitté la pauvre maison familiale tôt, très tôt, les lueurs de l’aube teintaient à peine le ciel sombre de la nuit. L’aurore a chassé l’aube, le soleil a bousculé l’aurore.
      Ali marche, marche, marche depuis une heure, deux heures, cinq heures, il ne sait pas.
      L’outre est un peu moins rebondie.
 

 

L’eau est précieuse dans le désert.

 

 
      “J’ai rêvé d’un trésor, le beau vieillard en gandoura blanche me l’a dit. Je me souviens de la petite maison blanche au milieu du sable doré. Je sais que c’est vrai. Il faut, il faut que je le trouve.
      Mon père travaille beaucoup pour gagner quelques dinars. Ma mère a tant de mal à nourrir mes petits frères et sœurs. Moi, je suis grand, je n’ai pas besoin de grand chose.”
 

 

      Ali marche et marche et encore et encore. Il ne sent pas la morsure du sable brûlant ni les blessures des pierres. Le long vêtement léger ne le protège pas des rayons du soleil. L’outre, lentement, s’aplatit.

 

 
L’eau est précieuse dans le désert.

 

 
      “Pourquoi le soleil est-il toujours si haut ?”
      Les rayons du soleil lui taraudent les épaules.
      Ali marche, marche toujours.
      Une heure, deux heures, cinq heures, dix heures ?
      Il ne sait plus. L’outre est de plus en plus légère.

 

      “Oh, un petit point noir à l’horizon. Non, deux points dans la lumière dansante. Ils bougent. Je vais plus vite qu’eux, je les rattrape.”
      Un ânier et son âne. Un petit âne chargé, très chargé, beaucoup trop chargé de sacs. Ses petites pattes faiblissent à chaque pas. 
      “Monsieur l’ânier, ton petit âne est trop chargé.”
      L’ânier ne se retourne pas.
      “Monsieur l’ânier, ton petit âne a soif.”
      L’ânier ne se retourne pas.
      “Monsieur l’ânier, je vais lui donner un peu de mon eau.”
      L’ânon se retourne.
      Avec d’infinies précautions, Ali verse un peu d’eau dans le creux de sa main.

 

 
L’eau est plus précieuse que l’or
dans le désert, le sable est glouton.

 

 
       Le doux museau de l’âne sur sa main est une caresse comme du velours.
 

 

      Ali marche une heure, deux heures, cinq heures, dix heures, cent heures, il ne sait pas, il ne sait plus. L’outre est presque plate, ses genoux fléchissent, une petite tache rouge colore le sable blond.
      “Pourquoi ce soleil est-il toujours si haut ?”
      Un petit point noir au loin ? Est-ce la chaleur qui vibre au-dessus du sable ? Il ne bouge pas. C’est un arbre — seul au milieu du désert.
      “Je vais me reposer sous son ombre, peut-être mourir. Je suis si fatigué, si fatigué. L’arbre a soif. Ses feuilles sont desséchées.”
      Ali verse le reste de l’eau au pied de l’arbre.
      “Moi, je n’en ai plus besoin, là où je vais.”
      Ali s’étend à l’ombre. “Je suis bien, si bien.”
 

 

      Doucement, Ali sombre dans l’inconscience.
      Une caresse douce comme du velours passe sur sa joue.
      “Je suis trop bien, je n’ouvre pas les yeux, serais-je en paradis ?”
      Une deuxième caresse comme le velours sur les mains, sur les joues. Il ouvre les yeux.
      “Petit âne, tout seul ! Où sont tes sacs ? Tu les as perdus ?”
      L’ânon fait non.
      “Que portes-tu ? Deux outres bien remplies !”
      De ses deux bras, Ali entoure le cou de l’ânon, le caresse, le remercie.

 

      Chose étrange, l’arbre a reverdi, les feuilles se sont redressées.
      L’ombre protège encore Ali. Le soleil a continué sa course, descend sur les dunes.
      “Connais-tu le chemin pour arriver à la maison blanche ? Oui ? Je te suis.”
      À deux, ils marchent une minute, deux minutes, cinq minutes, cent minutes ?
      “Regarde, petit âne, la maison blanche au milieu du sable. Le vieil homme est là, je le vois, c’est lui, je le reconnais.
 

 

      “Bienvenue à toi, Ali, et à ton âne. Viens te rafraîchir le visage, les mains, les pieds.”
      À l’ombre de la maison, de l’eau claire et de l’herbe attendent l’âne.
      Dans la maison règne une agréable fraîcheur.
      Dans une corbeille, de beaux fruits embaument la petite pièce.
      “J’ai envie de demander où est le trésor. Je n’ose pas. Peut-être ce soir ?”
      Émerveillé, il mange les beaux fruits juteux, et après il s’arrête :
      “Je vais en laisser pour mes frères et sœurs. Ils n’en ont jamais vu d’aussi beaux.”
      “Sers-toi, je t’en donnerai pour le retour.” 
 

 

      Le soir est arrivé à pas feutrés.
      La nuit est douce.
      Le ciel décoré d’étoiles les trouve assis sur un banc, en silence, dans la nuit calme.
      Ali est heureux, il ne pense plus au trésor.
 
 
 
 
Edith Colas

 

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