Cinq souris sans logis

 

      Au fond de la cave d’une vieille maison de la ville, cinq jolies petites souris passent des jours tranquilles.
      Un beau jour cependant, l’une d’elles, Shiro, s’inquiète.
      « Ce quartier devient de jour en jour plus dangereux. »
      « C’est vrai, rétorque Taro en remontant son écharpe jaune, le propriétaire de l’immeuble a maintenant deux chats. »
      « Et ils sont vraiment très gros ! » murmure Chibi.
      « Nous devrions peut-être déménager ! » conclut Gure.
      Sitôt dit, sitôt fait ! Les voilà qui arpentent les rues de la ville à la recherche d’un nouveau logis.
      Le premier jour, elles en trouvent un mais il est trop humide et trop froid. Le jour suivant, elles en repèrent un second, très agréable, mais d’autres souris s’y sont déjà installées.

 

      Un jour, en se glissant par un tuyau sous une clôture, elles découvrent un immense terrain vague d’une montagne d’objets.
      Tout d’abord, elles reniflent autour d’elles, puis elles écoutent, à l’affût du moindre bruit.
      « Tout va bien ? » demande Gure.
      « Tout va bien, il n’y a pas de chat ici ! » confirment les autres, et elles montent à l’assaut du grand tas d’ustensiles.
      « On dirait une véritable montagne au trésor ! » dit Taro.
      Et quel trésor ! Des clous et des vis rouillés de tous côtés, une scie, une tasse cassée et même une vieille horloge… sans oublier des billes de verre qui plaisent tant à Taro.
      « Regardez, je crois qu’on peut trouver notre bonheur ici ! s’écrie Kuro. Nous allons construire notre logis ici, exactement là. »

 

      Elles se mettent aussitôt au travail.
      « Pour avoir plus de chaleur, construisons en hauteur ! » affirme Kuro.
      « Nous aurons donc besoin d’une échelle », remarque Shiro, la scie déjà à la main tandis que Gure sort l’horloge du tas d’objets avec l’aide de Taro et de Chibi.
      Tous travaillent avec tellement d’enthousiasme !
      « Il ne manque que le toit ! » disent les cinq souris d’une seule voix.
      Une chaise renversée… le toit est trouvé !

 

 

      Mais il reste encore tant à faire. Elles coupent et découpent, poussent et tirent, lient et délient, combinant entre eux une quantité invraisemblable d’objets.
      « Passe-moi donc une tuile ! Fais attention ! » dit Chibi, inquiète. 
      « Rassure-toi, je la tiens bien », affirme Taro.
      « Shiro, que fais-tu avec ce pot de fleur ? » demande Kuro en enfonçant un clou.
      « Si nous le fixons sur le toi, nous pourrons y récupérer l’eau de pluie », explique Gure en l’attachant à l’aide d’une ficelle solide.
      « Il suffit d’ajouter un tuyau au bas du pot et la douche est prête ! se réjouit Kuro après avoir bricolé le tout.

 

      Une idée en amène une autre et tout en travaillant, les voilà qui, de plaisir, chantent à tue-tête.
      « L’horloge fera un parfait garde-manger ! dit Gure, fier de son idée. Nous installerons notre cuisine juste au-dessus. »
      Du restaurant voisin, elles apportent des tas de provisions et les rangent sur leurs étagères. Ici le fromage, là le jambon, et là les saucisses, suspendues au plafond.
      « Qu’allons-nous faire de cette lampe ? » demande Taro.
      « Pourquoi pas une tente dans laquelle on pourrait se reposer ? propose Chibi. Tu aimes tellement faire la sieste. »
      « D’accord ! dit Taro, et pour que ce soit encore plus beau, construisons les murs en y mettant également des billes de verre. »

 

 

      Le soleil brillant à travers les billes colorées donne à la pièce une lumière magique.
Aucune des souris ne peut s’imaginer faire sa sieste ailleurs que dans cette pièce.
      « Regardez ces vieilles roues de vélo. On devrait en faire quelque chose », s’exclame Taro.
      « J’ai une idée, on va en faire une grande roue ! » suggère Kuro.
      « Oui, quelle bonne idée ! le vent fera tourner notre manège tout près de la maison. Qu’est-ce qu’on va s’amuser ! » souffle Shiro.
      Toutes, tout en travaillant, chantonnent et fredonnent une chanson tant elles sont heureuses.

 

      Un beau jour, tout est enfin fini.
      Elles ont réussi : leur logis est prêt. Le toit est fait d’une chaise, la cuisine et la réserve d’une vieille horloge, et la salle de bain d’une boîte à gâteaux vide. Tout est parfait.
      Un petit train passe juste au-dessous de leur maison et juste à côté, la grande roue tourne au gré du vent.

 

 

      C’est vraiment une maison de rêve pour les cinq petites souris !
      Lorsque la nuit tombe, épuisées, elles se glissent dans leurs lits faits d’étranges objets.
      C’est alors que soudain, elles entendent un grand cri…

 

MIIIIAAAOUUUUUU !
 

 

      C’est un chat, un énorme chat, qui s’est retrouvé pris dans les fils tendus à cet endroit-là. Il miaule terriblement.
      « Nous allons devoir nous défendre ! » dit Kuro d’une toute petite voix.
      « Attention, ne t’approche pas, il va te dévorer ! » dit Shiro.
      « Mordons-lui la queue pour qu’il se sauve ! » propose Taro.
      « Non ! proteste Chibi. Il ne peut pas bouger. Nous savons bien, nous, ce que cela signifie d’être prises au piège. Et si nous ne faisons rien, il va mourir. »
      « Elle a raison, dit Gure, allons-y au travail ! »

 

 

      Ensemble, elles rongent la corde pour libérer le chat du piège qui le retient prisonnier.
      Celui-ci, tremblant de peur, les regarde longuement.
      « Merci, vous m’avez sauvé la vie ! dit le chat. Je n’aurais jamais pensé que les souris avaient tant de courage. Aucun chat au monde n’a la chance d’avoir des amies comme vous. Merci ! Je n’oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi. »

 

 

      Et c’est ainsi qu’en face de leur joli logis, les souris ont maintenant un chien de garde.
      À vrai dire, c’est plutôt un chat de garde, mais bon…
      De mémoire de souris et de mémoire de chat on n’a jamais vu ça !

 

 

Chisato Tashiro
Cinq souris sans logis
Paris, Minedition, 2009
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