Le coq qui voulait voyager

 

 

Un beau matin, un coq décida de partir en voyage. Il se mit en route aussitôt. Il allait voir le monde !
Il n’était pas encore très loin que, déjà, il commençait à se sentir seul. C’est alors qu’il rencontra deux chats.
« Je vais voir le monde, leur dit-il. Vous venez avec moi ? »
« Volontiers » ronronnèrent les chats que l’idée de voyager séduisait. Ils suivirent le coq.

 

 

Un peu plus loin, le coq et les chats croisèrent trois grenouilles.
« Nous allons voir le monde. Vous venez avec nous ? »
« Pourquoi pas ? » répondirent les grenouilles. « Nous n’avons rien de mieux à faire, de toute façon. »
Et elles suivirent le coq et les chats en sautillant.

 

 

Plus tard, le coq, les chats et les grenouilles aperçurent quatre tortues qui se traînaient tout doucement sur la route.
Le coq les héla.
« Vous venez avec nous ? Nous allons voir le monde ! »
« Ça a l’air amusant » commenta une des tortues. Et elles se joignirent aux voyageurs.

 

 

Comme le coq, les chats, les grenouilles et les tortues allaient leur chemin, ils virent cinq poissons qui nageaient dans un ruisseau.
« Où allez-vous comme ça ? » demandèrent les poissons.
« Nous allons voir le monde. »
« On peut venir avec vous ? » supplièrent-ils.
« Vous êtes les bienvenus » affirma le coq. Et les poissons vinrent grossir la troupe.

 

 

Bientôt le soleil se coucha. Le ciel s’assombrit et la lune se leva à l’horizon.
« Qu’est-ce qu’on mange ? » voulurent savoir les chats.
« Où est-ce qu’on dort ? » s’inquiétèrent les grenouilles.
« On a froid », gémirent les tortues.
Soudain, des lucioles passèrent au-dessus de leurs têtes.
« On a peur ! » pleurnichèrent les poissons.

 

 

Le coq ne savait comment rassurer ses amis. Il avait oublié de prévoir les repas et le logement. Il n’avait aucun plan.
Personne ne dit rien mais, au bout d’un moment, les poissons annoncèrent qu’ils préféraient rentrer. Ils souhaitèrent un bon voyage à tout le monde et s’éloignèrent.

 

Les tortues qui regrettaient le confort de leur petit chez-soi, firent demi-tour un instant plus tard. Sans même un « au revoir », elles s’en allèrent en se traînant.

 

Les grenouilles non plus n’étaient pas contentes. D’un bond, la première grenouille prit le départ, suivie de la deuxième puis de la troisième. Avant de disparaître, elles souhaitèrent au coq une excellente soirée.

 

C’est alors que les chats se rappelèrent le plat de viande qu’ils n’avaient pas fini de manger. Ils firent leurs amitiés au coq et eux aussi rebroussèrent chemin.

 

Resté seul, le coq réfléchit. Puis, redressant la tête, il s’adressa à la lune.
« Je voulais voir le monde et je n’ai rien vu. J’ai froid. J’ai faim. Mais pour être honnête avec vous, j’ai surtout le mal du pays. »

 

 

La lune ne répondit pas. Elle s’en alla, comme les autres. Alors, le coq comprit qu’il valait mieux faire demi-tour et rentrer à la maison.
Bientôt, après s’être régalé de graines, il s’installait sur son bon vieux perchoir. Il ne tarda pas à s’endormir et cette nuit-là, il fit un rêve merveilleux.
Il rêva qu’il partait faire le tour du monde…

 

Eric Carle
Le coq qui voulait voyager
Namur, Mijade, 2008
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