À bientôt, Papa !

 

    « Bonjour Papa ! On y va ? »
    Maxime est de bonne humeur ce matin quand son papa vient le chercher pour passer la journée avec lui. Mais le soir en rentrant, il n’est pas content. Furieux, il se jette par terre et, tandis que ses parents discutent, il se cache dans l’entrée.

 

    « Au revoir, bonhomme, à bientôt », dit Papa. Il veut l’embrasser, mais Maxime lui tourne le dos. Alors Papa lui ébouriffe simplement les cheveux et s’en va, sans un baiser.
    Lorsque Maman s’approche, Maxime hurle : « Laisse-moi tranquille ! » Puis il court dans sa chambre et blotti sur son lit, il se met à pleurer. Maman attend un peu, puis doucement, elle glisse Nounours dans ses bras.
    « Écoute, murmure alors le bon gros ours à l’oreille de Maxime. Je vais te raconter une histoire… »

 

    « Il était une fois un petit ours qui habitait dans une jolie grotte avec sa maman. Chaque matin, tous les deux partaient dans la forêt pour y chercher de la nourriture, et le petit ours apprenait à reconnaître les plantes, celles qui sont bonnes à manger, celles qui ne le sont pas. L’après-midi, ils jouaient à cache-cache, puis ils allaient patauger dans le ruisseau ou faisaient une longue promenade dans les bois.

 

    Et lorsque Maman Ours avait du travail, l’ourson jouait avec ses pommes de pin en attendant qu’elle ait terminé.
    Le soir, Maman faisait à son petit une vraie toilette d’ours, du bout de ses oreilles toutes rondes et douces au dernier recoin de ses griffes.
    Ensuite, ils se blottissaient sur un bon lit de feuilles, se racontaient des histoires, et la nuit noire les emportaient jusqu’au retour du jour.
    Petit Ours aimait beaucoup ça.
 
    Ce que Petit Ours aimait pardessus tout cependant, c’était le moment où son papa venait le chercher.
    « Bonjour, mon bel ourson ! lançait Papa en arrivant. Tu as encore grandi !» Et il le lançait en l’air pour le rattraper dans ses bonnes grosses pattes d’ours.
    Ensemble, ils s’enfonçaient au plus profond de la forêt, là où vivaient des animaux que Petit Ours ne voyait pas souvent avec sa maman : le vieux blaireau dans son terrier, le cerf caché dans les bois ou encore le grand aigle qui tournoyait bien plus haut que la cime des arbres.

 

 
    Quand Petit Ours avait faim, son papa lui attrapait un gros poisson dans le ruisseau. Pour le dessert, il cherchait un nid d’abeille creusé dans la terre et il en sortait une belle portion de miel. Après ce petit festin, tous deux chahutaient et se chamaillaient jusqu’à ce que Petit Ours renverse son papa en criant :
    « C’est moi le plus grand des petits ours ! »
    « C’est ça », grommelait Papa, et il restait là, couché au soleil.
    Le soir venu, Papa ramenait son ourson à la maison.
    Petit Ours n’était pas content. Furieux, il se jetait par terre dans l’entrée de la grotte. Et tandis que ses parents discutaient, il allait se cacher.
    « Au revoir, Petit Ours, à bientôt ! » lui disait son papa et il voulait l’embrasser.
    Mais son ourson lui tournait le dos. Alors Papa passait sa bonne grosse patte dans sa fourrure qu’il ébouriffait, puis il repartait dans la forêt, sans un baiser.
    Quand sa maman voulait le consoler, Petit Ours criait :
    « Laisse-moi tranquille ! » et il courait se blottir dans son lit de feuilles.

 

 
    Maman le laissait pleurer un peu.
    Puis elle glissait sa poupée de mousse dans ses bras.
    « Pourquoi est-ce qu’il repart toujours ? » sanglotait le petit ours.
    « Parce que Papa a maintenant une grotte à lui », répondait Maman.
    « Mais avant, il habitait avec nous ! » protestait l’ourson.
    « Oui, mais avant, on s’aimait encore, ton papa et moi. Par la suite, on s’est mis à se disputer de plus en plus souvent. Et quand on ne s’entend plus, on ne peut plus vivre ensemble… »
 
    Le petit ours repensait alors aux animaux qu’il rencontrait dans la forêt. Avec certains, il aurait pu passer des journées entières à jouer. Mais avec d’autres, il se querellait tout le temps. Alors il n’aurait eu aucune envie de rester avec eux.

 

     « N’empêche que MOI, je ne me suis jamais disputé avec Papa ! » grondait Petit Ours.
    « Bien sûr que non, disait sa maman. C’est bien pour ça qu’il vient te chercher pour passer la journée avec toi aussi souvent que possible. Tu es son petit ours chéri, celui qu’il aime plus que tout au monde. »
    « Et… pour toujours ? »
    « Oui, pour toujours. Cet amour-là, c’est pour la vie. »
    Petit Ours se blottissait contre sa maman.
    « Et toi, Maman, tu m’aimes aussi ? »
    « Bien sûr ! Tu es mon petit ours chéri, celui que j’aime plus que tout au monde. Comme tu es là, quelque chose nous unira tous les trois, même si nous ne partageons plus la même grotte. »
    « Et quand est-ce qu’il va revenir me voir, Papa ? » demandait encore Petit Ours.
    « Très bientôt. Dès qu’il a le temps… », lui promettait sa maman.

 

    « D’accord, alors la prochaine fois, je vais lui faire un bisou et lui dire au revoir, à bientôt… »
    Sa maman souriait.
    « Ça lui fera plaisir. Et pas qu’à lui ! »
    Mais le petit ours était déjà endormi.
    Quand Nounours termine son histoire, Maxime a les yeux qui se ferment lui aussi…
    « Bonne nuit ! » lui chuchote le bon gros ours à l’oreille.
    « Bonne nuit ! murmure Maxime. Il faut que je dise quelque chose à Papa la prochaine fois qu’il viendra. Tu me le rappelleras ? »
    « Promis. Tu peux compter sur moi. »

 

    Et paisiblement, tous deux s’endorment.

 

 

Brigitte Weninger
À bientôt, Papa !
Paris, Minedition, 2008
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