L’Art de la Paix

 

      Mais en fait, nous passons la plupart de notre temps à exclure quelque chose ou quelqu’un : celui dont la couleur de la peau est plus sombre ou plus claire, celle dont le corps dégage une forte odeur parce qu’elle vit dans la rue et qu’elle ne s’est pas lavée depuis plusieurs semaines, celui qui s’approche de nous avec un couteau ou, comme nous avons pu le constater à Auschwitz, celui qui, étant d’une nationalité ou d’une religion différente, fait quelque chose qui ne nous plaît pas.

 

      Dans la préface de son poignant récit Si c’est un homme, Primo Levi écrivait ceci : « Beaucoup d’entre nous, individus ou peuples, sommes à la merci de cette idée, consciente ou inconsciente, que l’étranger, c’est l’ennemi. » Quand nous voyons une personne qui ne nous ressemble pas, qui porte des vêtements différents des nôtres et qui parle une langue étrangère, un long processus de déshumanisation commence. Nous ne pensons pas forcément du mal de cette personne et ne lui souhaitons pas qu’il lui arrive malheur, mais au fond, nous ne sommes pas convaincus qu’elle soit tout aussi humaine que nous.

 

      Le processus est souvent subtil, et s’en rendre compte nécessite de la vigilance, de l’honnêteté et de la sensibilité. Parfois, il n’est pas du tout subtil et nous sommes amenés à dénier aux autres les droits et les libertés les plus élémentaires. « Alors, au bout de la chaîne logique, il y a le Lager, le camp de concentration », dit Primo Levi. Auschwitz a eu lieu parce que des êtres humains ont condamné à mort tous ceux qui étaient différents d’eux.      
 
 

 

 
 Bernie Glassman
L’Art de la Paix
Paris, Albin Michel, 2000
(extrait)
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