Caroline et la galette des rois

 

 

   Aujourd’hui, comme chaque année au mois de janvier, Caroline et ses amis vont manger une bonne galette. Il y a une fève dedans… Celui qui la trouvera sera proclamé roi.
   Mais qui aura cette chance ? C’est encore un mystère…
   D’ailleurs, pour l’instant, il y a mieux à faire. Il y a à chanter :
   « J’aime la galette, savez-vous comment ? Quand elle est bien faite, avec du beurre dedans… »
   Il y a aussi à préparer la pate feuilletée, car chacun s’est transformé en petit pâtissier.
   « Surtout, n’oublie pas de mettre la fève dans la pâte ! » rappelle Bobi à Caroline.
   De son côté, Boum se lèche des babines. Pitou, lui, met en marche le four de la cuisine. Quant à Pouf… oh ! le maladroit ! Il renverse d’un seul coup le paquet de farine en voulant le ranger.
   « Il neige dans notre maison ! » s’étonne Youpi. Noiraud ne dit rien. Et pour cause ! Il a toujours été difficile de parler avec de la farine plein la bouche, plein le nez !

 

 

   Une demi-heure plus tard, la galette est cuite, bien dorée, très appétissante. Et la distribution des parts commence.
   « DÉ-LI-CI-EU-SE ! » s’exclame Youpi, avant même que tout le monde soit servi.

 

 

   Mais dans la seconde qui suit, il se met à tousser, à faire une drôle de mine, à loucher.
   « J’ai… J’ai avalé la fève ! » avoue-t-il.
   « Je suis donc le roi, réalise-t-il peu après, tout content.
   — Ah, non ! protestent ses amis. Pour être roi, on doit montrer la fève que l’on a trouvée !
   — À cause de Youpi, tout est à recommencer ! gémit Pouf. Il faut une autre galette.
   — Mais tu sais bien que nous n’avons plus de farine ! » fait remarquer Caroline.
   « Il ne nous reste qu’une solution, soupire Youpi. Aller acheter une galette chez le pâtissier.

 

 

   — D’accord, dit Caroline. Mais à une condition ! Que vous fassiez appel à vos tirelires ! »
   Aussitôt dit, aussitôt fait : Pouf et Youpi vident les tirelires et filent chez le meilleur pâtissier du quartier.
   Le meilleur, mais aussi le plus gentil, selon Pouf !

 

   « Il a bien voulu nous vendre sa plus grosse galette ! Caroline sera drôlement contente !
   — Oui, bien sûr, réplique Youpi tristement, mais à présent, moi, je n’ai plus du tout d’argent…
   Mais à l’idée que tout le monde va se régaler, il est bientôt consolé.
   Un quart d’heure plus tard, la galette du meilleur pâtissier du quartier est presque complètement avalée.
   Et Kid pousse un cri de triomphe :
   « J’ai la fève ! C’est moi le roi ! »
   Déjà Pipo pose sur sa tête la couronne dorée quand… Pouf proteste à sa façon : il fait de grands gestes, montre sa bouche, grimace bizarrement. Il arrive enfin à expliquer :
   « La fève, c’est moi qui l’ai… Coincée entre mes deux molaires du bas…

 

 

   — Deux fèves dans une galette, ça n’existe pas ! grogne Kid. D’ailleurs un roi ne grimace pas. Et puis le roi, c’est moi ! Ne suis-je pas déjà le roi des animaux ? »
   Mais Pouf grogne, proteste, grimace de plus belle. Il voudrait tellement être couronné, lui aussi !
   Dans son dos, Caroline décroche le téléphone, compose un numéro :
   « Allô ? Le cabinet dentaire ! Donnez-moi un rendez-vous en urgence. C’est pour une fève coincée entre deux molaires… »
   Le rendez-vous est accordé : Pouf passera avant tous les autres patients de M. Roulette, le dentiste.
   Ce seul nom remplit Pouf d’effroi.
   « Un peu de courage, voyons ! » lui souffle Caroline en le poussant vers la salle d’attente.
   « Pourquoi ces gens ont-ils l’air maussade ? demande Pouf à l’oreille de Caroline.
   — Certainement parce qu’ils ont mal aux dents ! » répond-elle dans un murmure.

 

   Pouf voudrait tant les dérider. Tout à coup il se déchaîne et, profitant de sa bouche tordue, il grimace et fait le clown. Les patients rient aux éclats.
   Ce qu’ils ignorent, c’est que Pouf est mort de frayeur…
   La preuve : à l’instant où M. Roulette ouvre la porte, Pouf tente de prendre la poudre d’escampette.
   Heureusement, Caroline le retient à temps !
   « C’est vous le cas urgent ? » demande le dentiste.

 

 

   Dans la salle d’attente, tous les visages redeviennent maussades.
   Une fois dans le cabinet de M. Roulette, Pouf allongé sur le fauteuil du dentiste est obligé d’ouvrir grande la bouche. M. Roulette se penche sur son cas et sur ses dents, prend une pince et… pousse un cri d’étonnement.

 

   « Ça, une fève ? s’exclame-t-il. Dites plutôt une pierre précieuse, et plus précisément un magnifique rubis ! Je vous conseille d’aller chez le pâtissier qui vous a vendu la galette, je suis sûr qu’il sera ravi de vous revoir ! »
   Caroline et ses amis suivent le Conseil de M. Roulette.

 

 

   Le pâtissier explose de joie :
   « Je ne pensais jamais revoir le rubis de ma bague ! s’écrie-t-il. Il a dû tomber dans la pâte feuilletée pendant que je la pétrissais. Que vous êtes gentils de me l’avoir rapporté ! Vous méritez une belle récompense ! »
   Il réfléchit un instant :
   « J’ai trouvé comment vous remercier ! Que diriez-vous d’une galette exceptionnelle, remplie à craquer de fèves ? Aujourd’hui tout le monde sera roi !
   — OUIII ! » s’écrient en chœur les amis de Caroline.
   Inutile d’attendre d’avoir mangé la galette pour coiffer sa couronne, puisque le pâtissier a assuré qu’aujourd’hui chacun aurait sa fève !

 

 

   Dans la rue, défile bientôt le cortège des petites majestés portant triomphalement la plus grande galette qui ait jamais existé !
   Caroline et ses amis s’offrent, ravis, à l’admiration des passants et des automobilistes tout surpris !
   Les nouveaux rois rentrent-ils à la maison ? Oh, non !
   Ils vont faire une halte au square, car manger trois galettes dans une journée, c’est beaucoup, même pour des majestés !
   « Par ici la bonne galette ! Approchez, approchez ! clame Boum. Que tout le monde profite de notre récompense ! Que tout le monde se régale ! »
   Petits et grands gourmands accourent de tous côtés. Quelle merveilleuse surprise !
   Il y a plus merveilleux encore !
   Même les adultes ne sont pas oubliés !

 

   Youpi offre de la galette à une vieille dame et Pouf se hisse sur la pointe des pieds pour poser sa couronne sur la tête d’un monsieur tandis que Caroline lui tend une grosse part de gâteau.

 

   « Prenez, mon brave monsieur, dit-elle. Je suis sûre qu’il y a longtemps que n’avez pas tiré les rois ! »
   Un grand sourire illumine le visage du monsieur, qui se lève et déclare solennellement : « Vous êtes si gentille, mademoiselle, que je vous choisis pour reine ».
   Aussitôt, les petits rois s’écrient en chœur :
   « VIVE NOTRE REINE CAROLINE ! »
   Voilà une fête des Rois que personne n’est près d’oublier !

 

 

Pierre Probst
Caroline et la galette des rois
Paris, Hachette Livre, 2010
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