Cinq souris, ça sent le roussi

 
 

 

   Dès qu’une affiche annonce l’organisation d’une grande course automobile, les cinq souris ne rêvent plus que d’une chose : y participer !
   Quelle excitation ! Et puis, qui sait ? Si elles pouvaient gagner l’énorme meule de fromage qui récompensera le vainqueur, ce serait un tel bonheur !
   Bon, il n’y a plus qu’à se mettre à l’ouvrage. Toute la nuit, elles tracent le plan de leur bolide.
   « Il nous faudra un moteur et de bonnes batteries », affirme Kuro.
   « Et aussi une poignée », ajoute Gure.
   « Il faut au moins quatre roues et un klaxon ! » renchérit Shiro, la jolie souris blanche. Les voitures ont toujours besoin d’un klaxon ! »
   « Ce serait bien d’avoir des phares aussi », dit Chibi, la plus petite des cinq.
   « Si on a besoin de vis et de clous, demandez-moi, j’en ai plein », propose Taro, la plus ronde de toutes.
 

 

   Dès le lendemain matin, elles entament leurs recherches. Elles fouillent partout et rassemblent tout ce qu’elles peuvent.
   « Oh, regardez cette canette bicolore ! » s’exclame Gure.
   « Vous pensez à la même chose que moi ? » demande Kuro aux autres qui hochent tous la tête.
   « Alors, chargeons-la sur notre chariot ! »
   Elles rassemblent encore des pneus, des roues dentées, des tuyaux et aussi des pièces aux formes les plus diverses. Elles ne s’arrêtent que lorsqu’elles ont enfin tout ce qui leur faut.
   « Si vous avez besoin de quoi que ce soit pour le moteur, demandez-moi… c’est ma partie ! » déclare Taro.
   « Voilà, les roues sont en place ! On peut essayer de les faire rouler ? » demande Shiro.
   Chibi aimerait bien savoir ce que Gure bricole. Il a l’air bien mystérieux tout d’un coup.
   « Qu’est-ce que tu fais ? » lui demande-t-elle.
   « Euh… J’essaie un dispositif spécial… Tu sais, dans une course de cette importance… ça peut aider… enfin, juste au cas où… » répond Gure sans donner plus de détails.
   Les cinq souris travaillent toute la journée, du matin au soir, complètement absorbées par leur tâche : il faut monter leur voiture !

 

 

 

   Enfin, la voiture est prête !
   « Voilà ! C’est NOTRE bolide ! » s’exclame Kuro.
   « Et lequel d’entre nous va le conduire ? » s’inquiète Chiro. Elles se regardent l’une l’autre. Pas une d’entre elles n’a déjà conduit de voiture. Qui pourrait la conduire… qui ne pourrait pas ? Qui voudrait ? Au milieu du brouhaha, on entend la voix de Gure qui affirme : « Bien, c’est moi qui conduirait ! » Tout le monde est d’accord. « Il faut s’entraîner ! » continue-t-il.
   Alors, tous les cinq grimpent à bord.

 

 
   C’est parti pour un essai !
   Elles vont tout doucement au début, de plus en plus vite ensuite, elles se familiarisent avec leur engin. Après tout, c’est une voiture de course. Elle vire de droite à gauche, fait des zigzags et les cinq souris sont très fières de leur création.
    C’est alors qu’elles entendent un puissant bruit de moteur venant de l’arrière. Un beau bolide rouge les dépasse aussitôt et elles entendent : « You-hou ! »
   Ça alors ! La course a déjà commencé ? Non, pas encore, mais tous s’entraînent. C’est si excitant !

 

 

 

 

   Le grand jour est enfin arrivé ! Toutes les souris de la ville sont là pour voir la course. Les voitures ont toutes un numéro et attendent nerveusement le signal du départ.
   « Regardez la numéro 4. C’est celle qui nous a doublées l’autre jour », s’inquiète Chibi.
   C’est une puissante voiture télécommandée qui semble sortir du magasin de jouets.
   « Oublie-la, dit Kuro, et pense au fromage. Regarde comme il est énorme ! »
 

 

   Tout à coup, ça y est, c’est le départ !
   « À vos marques, prêts… partez ! »
   La course les mène dans une rue où les gens vont et viennent. Mais c’est affreux, il y a tellement de jambes et de pieds ! C’est une vraie course d’obstacles. Il ne s’agit pas de rêver maintenant, il faut se concentrer.

 

 

   « Heureusement que tu t’es entraîné à faire des zigzags », sourit Taro.
   « Regardez la voiture verte, j’ai bien peur qu’ils ne finissent pas la course s’ils ne regardent pas devant eux », dit alors Kuro.
   Pour la grise, la course est déjà finie !
   La rouge est en tête… Allez, accélère ! »
   Elles finissent par atteindre un carrefour et passent à toute vitesse devant de grosses voitures arrêtées pour laisser passer les piétons.
   Elles parviennent enfin à traverser la rue. Ouf ! Mais le bolide rouge est déjà hors de leur vue et la voiture verte a beaucoup d’avance.

 

 

   Les voilà tout à coup face à un énorme chien qui se dresse devant elles.
   « Oh ! Regardez ses pattes, elles sont plus grosses que notre voiture. Tourne ! Tourne… viiiiite ! » s’écrie Chibi.
   Elles atterrissent alors dans un grand tunnel bien sombre, mais là au moins, elles sont en sécurité. Un bruit ! Quelque chose bouge au fond du trou. Chibi allume le phare en tremblant et celui-ci éclaire la petite voiture à ressort qui a fini sa course dans le trou.
   « J’ai failli être plusieurs fois écrasée, un gros chien a failli me mordre… j’en ai assez maintenant, je rentre à la maison » dit la souris dans sa voiture rose.
   « Ne t’inquiète pas, le chien est parti », la rassure Taro.
   « Non, moi, je n’en peux plus, mais vous, dépêchez-vous ! Allez… et bonne chance ! »
 

 

   Leur voiture passe le long d’une terrasse de café. Plus de temps à perdre. Elles sont encore en troisième position. Gure s’engage vers le parc. C’est un endroit bien dangereux pour les cinq souris.
   Il y a tous ces enfants et aussi les ballons et les poussettes…
   Tout à coup, un énorme ballon rouge se dirige vers elles. Elles l’évitent, mais il rebondit, Gure freine et il s’en faut de peu pour qu’il ne les écrase.
   « Aïe, aïe, aïe ! » Eh bien, c’était juste, ce coup-ci !
   « Sortons vite de ce parc ! » hurle Chibi.

 

 

 

   Elles sont à peine sorties qu’elles voient sur leur gauche de la fumée sortir de la voiture verte arrêtée sur le côté. Elles freinent aussitôt.
   « Ça va ? » demandent-elles au chauffeur.
   « Notre moteur est en panne, lui répond-il, mais dépêchez-vous. Vous êtes maintenant en seconde position. »
   Les cinq souris accélèrent et sortent du parc.
   « La place du marché ! dit Shiro avec inquiétude. C’est encore plus dangereux que le parc. »
   « Mhmm ! Ça sent bon ! se délecte Chibi. Ça sent le fromage. »
   « Oublie ce fromage si tu veux avoir une petite chance de gagner l’autre, s’écrie Kuro. Et fais attention aux pigeons. »
   « Mais où est la voiture rouge ? dit Taro, je ne la vois pas. »
   « Est-ce qu’ils peuvent avoir tant d’avance sur nous ? » demande Gure.
   « Eh… regardez, ils sont là ! Ils se sont arrêtés pour grignoter un morceau. »

 

 

   Les cinq souris sont bien tentés de goûter elles aussi aux confiseries mais Shiro les retient.
   « J’en étais sûr. Ils ne pouvaient pas être aussi loin devant nous ! » s’esclaffe Gure.
   « Oh non ! Nous n’aurions jamais dû nous arrêter ! s’écrie le chauffeur en sautant dans la voiture à la poursuite des cinq souris. »
   Et les voilà toutes reparties. Les deux bolides semblent voler autour de la fontaine, tellement ils vont vite. Ils dévalent la ruelle qui suit lorsque Shiro crie :
   « Attention, pas si vite ! Il y a un virage très serré vers la gauche. »
   Gure freine juste à temps pour prendre son virage alors que la voiture rouge qui roulait trop vite ne peut pas tourner à temps et se renverse.
   « Remontez la roue, vite, et remettez la voiture à l’endroit !! » crie le chauffeur à son équipage.
 

 

   Les cinq souris sont maintenant en tête de la course. Shiro et Taro sont déjà en train de crier de joie quand un bruit terrible et étrange sort du moteur. Il est en train de lâcher. La voiture ne parvient plus à avancer. Mais que se passe-t-il ? Ça sent vraiment le roussi pour les cinq souris !
   La voiture rouge arrive à toute allure derrière eux et se rapproche de plus en plus.
   « Oh non ! Qu’allons-nous faire ? Ils vont nous rattraper. Ce serait trop bête de perdre maintenant », se désole Shiro.
   « Je crois qu’il est temps de mettre mon idée secrète en route… » se réjouit Gure.

 

 

 

   On entend alors un glissement, un grand « wouououhhhh » et le dispositif spécial se déploie à l’aide du vent. La voile que Gure a prévu ‘‘juste au cas où…’’ les tire vers l’avant, tel un voilier sur la mer, alors que leur moteur n’a plus assez de force.
   Est-ce que cela va suffire ?
   Le bolide rouge a gagné de la vitesse et rattrape le terrain perdu. Les voilà au coude à coude.
   Dans la ruelle, il y a soudain un courant d’air…
   Les concurrents arrivent dans un mouchoir de poche…
   Et le vainqueur du Grand Prix est… la voiture numéro 5, les Cinq Souris !!!!
   « Vous avez gagné ! Bravo ! Vous êtes les vainqueurs ! »

 

 

   Les cinq souris reçoivent la plus grosse meule de fromage qu’elles n’aient jamais vu. Elles l’installent sur une remorque attachée à leur voiture et s’aperçoivent que toutes les souris les suivent.

 

   Elles décident alors de fêter l’évènement à la maison et d’inviter tout le monde à partager l’immense fromage car leur victoire, c’est aussi la victoire de toutes.

 

 
 

 

Chisato Tashiro
Cinq souris ça sent le roussi
Paris, Minedition, 2009
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