Élection du président

 

 

  Un beau jour, dans un pays lointain, les habitants devaient décider l’élection du nouveau président. Et, comme à chaque fois, le Conseil des Sages demanda à chacun des villages de choisir et de proposer un candidat.

 

  Dans un petit village situé plus à l’est du pays, c’est Aldaia, la propriétaire d’un magasin de tissus, qui fut proposée. Il s’agissait d’une femme de toute confiance, avec une immense capacité d’écoute, reconnue en plus par sa sagesse et son honnêteté.

 

  Tous les candidats devaient se rencontrer au palais afin d’écouter le défi proposé par le Conseil des Sages.
  Le jour du départ, Aldaia s’engagea donc dans un trajet de trois jours vers la ville principale, où elle rencontra des jeunes venus de tous les points du pays.

 

  Le Conseil des Sages les a reçus et, comme à chaque fois qu’il fallait choisir le président, leur a proposé une épreuve.

 

  Assez simples, cette fois-ci : il s’agissait de confier à chacun des élus un sac de graines de pensées qu’il fallait planter en rentrant au village. Pendant presque un an, ils s’occuperaient des plantes, après quoi ils se réuniraient une fois de plus au palais. Celui ou celle qui réussirait à avoir la plante la plus belle serait le nouveau président ou présidente.

 

  Rentrée chez elle, Aldaia planta méticuleusement les semences de pensée comme son Grand-Père lui avait appris. Elle choisit un sol fertile, riche en humus. Et puisqu’elle savait combien les pensées avaient grand besoin d’une terre assez humide, elle arrosa chaque jour les plantes avec de l’eau de pluie. Ni trop ni trop peu. Et elle consacra surtout de nombreuses heures à parler aux bourgeons et à les écouter. Surtout à les écouter.

 

  Les jours se succédèrent mais, en dépit des soins d’Aldaia, les pensées n’ont jamais fleuri. Les semences n’ont pas voulu naître, en dépit de ses soins infatigables. Et Aldaia hésita : comment aller au palais puisqu’elle avait échoué dans le défi proposé ?
  Mais elle pensa que c’était son devoir d’y aller, ne fût-ce en guise de remerciement à tous les voisins du village qui l’avaient choisie comme la meilleure candidate.

 

  Avril arriva, et avec lui le jour de la cérémonie lors de laquelle tous montreraient les pensées cultivées. Au palais, les autres élus avaient des plantes à fleurs précieuses, aux pétales veloutées, de toutes les couleurs et qui dégageaient un parfum sublime.

 

  Le Conseil des Sages les accueillit dans une grande salle.
  Aldaia observa les pensées des autres et resta silencieuse.
  Mais lorsque le plus grand des Sages passa à côté d’elle, il la regarda dans les yeux et dit à haute voix :

 

  « Nous avons déjà la présidente. Il est fort probable que notre décision puisse vous surprendre, mais j’explique. Il y a presque un an, on vous a remis des graines séchées, qu’en aucun cas ne pouvaient s’épanouir et fleurir. Certains candidats ne sont pas venus aujourd’hui à la cérémonie. Ceux qui sont ici, sauf un, nous ont menti afin de cacher le soi-disant échec. Il n’y a que cette femme qui a eu le courage de venir avec le pot vide. Elle a donc fait preuve de la qualité la plus importante pour un président : l’honnêteté. »

 

  La légende dit que, quand Aldaia a assumé la présidence, elle a tout de suite mis en place trois décisions :

 

1. Choisir comme conseillers des gens sages.

 

2. Récompenser ceux qui avaient osé reconnaître leurs équivoques dans le passé.

 

3. Écouter chaque jeudi les préoccupations de son peuple.  

 

✶ ✶ ✶ 

 

À voir…

 

Vivre avec l’échec et apprendre de lui, c’est un signe de sagesse. Dans quelle mesure vis-je sainement les échecs ? Est-ce que j’apprends avec eux ? 

 

Si j’ai un rôle de responsabilité, il est évident qu’il me faut écouter mes subordonnés. C’est une façon intelligente de travailler. En fait, est-ce que je les écoute vraiment ? Comment ?

 

Il m’arrive parfois de cacher des choses par manque d’honnêteté ? 
  

 

José Carlos Bermejo 
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