Rouge

 

C’est drôle, ça se voit à peine.
C’est tellement discret que personne ne l’a remarqué.
Sauf moi.
Je pointe du doigt les joues d’Arthur.
« Eh, t’es tout rouge… »

 

Puis tout va très vite.
Un clin d’œil à Paul, un coup de coude à Ronan, un gloussement de Léna, et c’est parti : tout le monde chuchote en regardant Arthur.

 

 

À présent, il est rouge comme une tomate.
Rouge comme une cerise.
Rouge comme du paprika.
« Laissez-moi tranquille ! » dit Arthur d’une toute petite voix.

 

Mais on ne peut pas s’arrêter.
« Allez, Arthur, montre-nous comment tu fais ! »
C’est fou, ça !
Il suffit que Paul claque des doigts et c’est comme un coup de baguette magique : les joues d’Arthur brillent comme deux feux rouges dans la cour de récré.
« Laissez-moi tranquille ! » dit-il d’une toute petite voix.
Paul ricane, Arthur serre les dents.
Paul se met à rire de plus en plus fort.
Et Arthur serre les dents, de plus en plus fort.

 

 

Ce n’est plus drôle maintenant.
Je veux que ça s’arrête.
Que Paul arrête d’embêter Arthur.
Parce qu’il est vraiment gentil, Arthur.

 

Mais ça continue.
Paul donne un grand coup dans l’épaule d’Arthur, puis il me jette un sale regard.

 

 

« Qu’est-ce que t’as, toi ? »
Je baisse la tête et me mords la lèvre.
Je ne dis rien.
J’ai peur de Paul.
Paul est méchant.
Et il cogne comme une brute.
Je ne suis pas aussi forte que lui.
Je ne veux pas mourir.

 

 

La maîtresse accourt.
« Que se passe-t-il ici ? » demande-t-elle.

 

Pourquoi personne ne dit rien ?
Et moi ? Pourquoi je ne dis rien ?
Je ne veux pas être la seule !

 

Seule face à toute la classe, ça ne va pas la tête !
Si j’osais, je crierais très fort pour que tout s’arrête.
Pour qu’ils arrêtent d’embêter Arthur.

 

Mais je ne dis rien.

 

 

Dans la classe, la maîtresse nous interroge :
« Est-ce que quelqu’un a vu ce qu’il s’est passé ? »

 

Silence.
On peut entendre une mouche voler.
Paul rigole encore.
Moi, je n’arrive plus à respirer.
Ma bouche reste fermée, mais ma main veut se lever.
Non, il ne faut pas que je lève la main !
Paul va me tuer !

 

 

Mais, soudain, Léna lève la main.
« Moi aussi, maîtresse ; j’ai vu ce qu’il s’est passé. »
Puis c’est au tour de Ronan.
Puis de Louis. Et de Lucas.
Tous les doigts se lèvent les uns après les autres.
Tout monde parle en même temps.

 

Ouf ! Je respire, un grand coup.
Je suis encore vivante.

 

Ce n’est pas fini.
Dans la cour, Paul fonce sur moi.
Il siffle : « Toi, t’es morte ! »

 

 

Mais Léna vient à mon secours :
« T’as un problème, Paul ? »
Puis Ronan : « Répète ce que t’as dit ! »

 

Paul s’en va.
Maintenant, Paul se force à rire.
On dirait qu’il rit jaune.
Et le jaune aussi, c’est une couleur !

 

 

Arthur est là.
Il se tourne vers moi, les mains sur les joues.
« C’est vrai que parfois je rougis beaucoup… »
Je bredouille :
« Tu… tu sais… ça arrive à tout le monde.
— On joue au foot ? » me propose Arthur.
Je hoche la tête.
Cette fois, c’est moi qui rougis.

 

 

 

Jan De Kinder
Traduit du néerlandais (Belgique) par Marie Hooghe
Paris, Didier Jeunesse
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