Le papillon à roulettes

 

Voici la famille Papillon.
Le plus grand, c’est Papa Papillon et sa chemise à carreaux.
À côté de lui, maman Papillon dans sa belle robe rouge.
Il y a aussi grand-mère Gigi et son grand chapeau de paille, ainsi que grand-père Lulu et ses petites lunettes rondes.

 

Maman et papa Papillon sont très heureux, ils vont avoir un bébé. Le ventre de maman Papillon est tellement gros que les boutons de sa robe menacent de céder à tout moment.

 

Aujourd’hui papa Papillon est très occupé, il doit finir de préparer la chambre de bébé Papillon.
Le lit n’est pas monté et il a égaré son tournevis.
Maman Papillon doit vérifier que les vêtements de bébé Papillon sont bien rangés dans la valise qu’elle emportera demain à la maternité.
— Ça y est, j’ai fini ! s’écrie papa Papillon. Il ne reste plus qu’à mettre le matelas dans le lit.
Maman Papillon regarde la chambre de bébé Papillon avec émerveillement. L’armoire, le coffre à jouets, tout est si beau. Il ne lui reste plus qu’à aller chercher les draps et le petit oreiller.

 

 

Le lendemain matin, maman et papa Papillon s’envolent en direction de la maternité.
Le voyage est très long. Maman Papillon se fatigue vite depuis qu’elle attend un bébé. Ils arrivent enfin à la maternité, qui n’est autre qu’un majestueux champ de tournesols.
Perchées sur leurs immenses tiges vertes, les grandes fleurs jaune orangé se retournent pour les accueillir.
Elles frétillent d’impatience à l’idée de voir bébé Papillon.
— Comment sera-t-il ?
— De quelles couleurs seront ses ailes ? chuchotent-elles.
C’est l’effervescence dans le grand champ.
— Il est né, il est né ! crie un petit bourdon.
Toutes les fleurs se penchent pour essayer de voir bébé Papillon dans les bras de sa maman.

 

 

— Comme ses petites ailes sont fines !
— Comme ses yeux sont grands et bleus !
— Comme il est beau !
Bébé Papillon pousse alors un cri si strident que toutes les fleurs se redressent instantanément.
— Il pleure, il pleure, répète le petit bourdon en ne cessant de tournoyer.
Un grand papillon aux ailes toutes blanches s’approche de maman Papillon.
C’est le médecin qui vient de faire naître bébé Papillon.
— Il a faim, dit-il, c’est normal !

 

Comme par magie, un autre papillon blanc surgit, portant fièrement un petit biberon.
— Il mange, il mange, répète le petit bourdon alors que bébé Papillon savoure le nectar que lui offrent les tournesols.
Bébé Papillon vient de finir son biberon. Maintenant il babille en ne cessant de regarder sa maman.
— Agreuuuuuuu, agreuuuuuu.
Grand-mère Gigi et grand-père Lulu viennent d’arriver à la maternité où le petit bourdon les attend.
— Ils sont là, ils sont là ! crie-t-il.
— Voilà, je vous présente bébé Papillon, annonce fièrement papa Papillon.
— Regarde Lulu, il te ressemble, dit grand-mère.
— Mais non, il te ressemble, dit grand-père.
— Cessez donc de vous chamailler tous les deux, il a certainement un peu de nous tous, dit maman Papillon.

 

 

— Nous allons bientôt rentrer chez nous, annonce papa Papillon.
— Au revoir, au revoir bébé Papillon ! crie le petit bourdon.
Toute la famille s’envole en direction de la maison.
Il est temps pour bébé Papillon de découvrir sa nouvelle chambre. C’est papa Papillon qui va la lui montrer.
— Voilà ta chambre bébé Papillon, j’espère qu’elle te plaira.

 

Le soir même une grande fête est organisée en son honneur.
La famille, les voisins et les amis sont là.
Ils ont tous apporté un cadeau.
Des peluches, des doudous, des vêtements, rien ne manque.

 

 

Maman Papillon et grand-mère Gigi ont préparé un bon repas pour tous les invités.
C’est une très belle fête, tout le monde rit, chante et danse.
Il y a de très gros gâteaux sur les tables et beaucoup de bonbons pour les enfants.

 

 

Bébé Papillon a un an.
Il est de plus en plus beau, pourtant papa et maman Papillon se font beaucoup de souci.
— Il ne vole toujours pas ! dit papa Papillon, qui est très inquiet.
— Il n’essaye même pas ! répond maman Papillon.
Maman et papa Papillon décident d’emmener bébé Papillon chez le grand papillon blanc.
Ils veulent comprendre pourquoi bébé Papillon ne vole pas comme les autres petits papillons.
Le grand papillon blanc est lui aussi très inquiet.
— Je pense que bébé Papillon ne volera jamais comme les autres papillons, annonce le médecin. Il est né comme ça, ses ailes ne fonctionnent pas ! Il n’y a pas d’autres solutions, il lui faut un fauteuil à roulettes !
Aussitôt dit, aussitôt fait, un petit papillon blanc apparaît poussant le fauteuil à roulettes où bébé Papillon sera désormais assis.

 

 

Bébé Papillon a grandi, ce n’est plus un bébé, il a un nouveau fauteuil à roulettes plus grand, lui aussi.
Il devrait être content, pourtant il est triste, très triste.
Les petits papillons vont tous à l’école, mais pas lui.
Il les regarde partir tous les matins et rentrer tous les soirs.
— Personne ne veut jouer avec moi, explique-t-il au petit bourdon. Les autres petits papillons tournent autour de moi, volent de fleur en fleur et se moquent de moi !
— Pas possible, pas possible ! siffle le petit bourdon.
— C’est peut-être à cause de mon fauteuil ?
— Pas possible, pas possible ! siffle encore le petit bourdon.
— Maman et papa ont bien essayé de leur expliquer que je suis né comme ça, que je suis comme eux, juste un peu plus fragile, juste un peu différent, mais les petits papillons ne les ont pas écoutés.

 

 

Un matin, alors qu’il est devant la maison comme à son habitude, cherchant du regard les petits papillons, il se produit un événement inattendu qui le fait sursauter.
Un des petits papillons vient se poser devant lui.
Après l’avoir longtemps regardé, il lui demande :
— Veux-tu jouer avec moi ?
— Oui, je voudrais bien, mais je ne sais pas voler !
— Pourquoi ?
— Je ne sais pas, maman m’a dit que je suis né comme ça.
— Ah bon ? Si tu veux, je peux te faire voler, je sais voler moi !
Il s’installe derrière le fauteuil à roulettes et commence à tirer de toutes ses forces.
Malgré ses efforts, le fauteuil ne s’élève pas d’un centimètre.

 

— Je crois que tu es trop lourd pour moi, il faut que quelqu’un m’aide.
Il s’envole et revient presque aussitôt accompagné d’autres petits papillons.
Tous ensemble ils commencent à tirer, tirer de toutes leurs forces.
Le fauteuil tremblote enfin, puis s’élève délicatement.
— Il vole, il vole, il vole ! s’époumone le petit bourdon.
Un nuage de papillons tourbillonne autour de petit papillon, ce qui le fait beaucoup rire. Maman et papa Papillon. Grand-mère Gigi et grand-père Lulu sortent aussitôt de la maison pour regarder passer ce cortège inattendu.
— Bravo, bravo, bravo ! crie le petit bourdon.

 

 

Maintenant petit papillon n’est plus triste et surtout plus seul dans son fauteuil à roulettes. Tous les autres papillons sont devenus ses amis.
Ils ont bien compris que même s’il ne vole pas tout à fait comme eux, il est et restera toujours un petit papillon merveilleux, celui qui fait la fierté de sa grand-mère et de son grand-père, le plus grand bonheur de sa maman et de son papa et surtout le plus exceptionnel des amis.

 

Marie Garnier ; Jeanne Chapelle (ill.)
Le papillon à roulettes
Lyon, Éditions Baudelaire, 2012
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