Pénélope, la poule de Pâques

 

 

 

Ce n’est pas une maison
comme une autre,
et ce n’est pas une poule
comme les autres.
Ce n’est pas non plus un jour
tout à fait comme tous les autres jours.

 

 

 

La maison est en bois.
Accrochée à la fourche d’un grand cerisier,
elle sert de nichoir aux oiseaux.
En hiver, on y dépose un peu de lard
et des graines grasses pour les nourrir.
 

 

Mais aujourd’hui,
ce n’est pas un pinson ou un rossignol
qui s’y sont installés.
C’est une poule, elle se nomme Pénélope.
Elle est brune, en chocolat au lait,
sa crête, plus claire, est en chocolat blanc,
ses ailes bien sombres sont en chocolat noir.

 

Pénélope attend,
cachée derrière la petite porte du nichoir,
que les enfants la trouvent.

 

 

 

Aujourd’hui, c’est le dimanche de Pâques.
Les voilà !
Pénélope entend les enfants
s’élancer dans le jardin.
À travers les planches,
elle les voit qui fouillent
chaque massif de fleurs,
ramassant des œufs de toutes les couleurs.
 

 

Ils grimpent aux branches basses du hêtre
et dénichent des trésors,
des cloches et des poissons,
des friandises multicolores.

 

C’est beaucoup trop facile,
se dit Pénélope.
Je vais mieux me cacher !
Si on me trouve la dernière,
je deviendrai « la Reine de Pâques ! »

 

Elle recule,
derrière une branche du cerisier,
qui pénètre par une fenêtre du nichoir.
C’est parfait !

 

 

 

Une main vient de passer la porte.
Une main qui fouille à l’aveuglette,
qui s’attarde contre les fleurs,
frôle la crête en chocolat blanc.
— Il n’y a rien dans la cabane des oiseaux !
J’ai bien vérifié !
Reine de Pâques, championne de la cachette !
pense Pénélope, satisfaite.
 

 

Mais le temps passe, et bientôt,
il n’y a plus aucun bruit dans le jardin.
Plus de cris, plus d’enfants.
Plus de trésor à dénicher.
Comment ça, plus de trésor ? Et moi ?
On ne m’a pas trouvée, moi !
s’inquiète Pénélope en passant sa tête
par la porte du nichoir.
— Eh ! Oh ! Ce n’est pas fini !
Je suis encore là ! Revenez !

 

 

 

 

Attablés dans la cuisine,
les enfants ont vidé leurs paniers,
et admirent leurs trésors.
Ils n’entendent pas la plainte
qui vient du cerisier.
Pénélope a beau appeler,
implorer, supplier…
plus personne ne revient
courir dans le jardin.

 

 

 

Et lorsque la nuit tombe
sur la maison des oiseaux
et sur le dimanche de Pâques,
la pauvre poule en chocolat
n’a plus de voix,
tant elle a crié,
plus de larmes,
tant elle en a versées.
Pénélope a froid,
Pénélope a faim.
Elle se sent abandonnée.
 

 

Alors, elle se pelotonne
contre les feuilles de la branche du cerisier
et picore quelques graines oubliées.
Sa tête repliée sous son aile,
Pénélope s’endort.
 

 

Elle rêve qu’elle s’envole,
pour aller se poser dans un immense panier,
débordant de chocolats multicolores,
et aux formes étranges.
Chaque jour elle appelle,
mais personne ne vient.
 

 

 

Je suis Pénélope, la poule de Pâques !
— Voyons, les fêtes de Pâques sont passées depuis longtemps.
Avril va bientôt finir ! gazouille amusé
un chardonneret
en l’entendant pleurer.
 

 

La nuit,
Pénélope fait toujours le même rêve.
Elle est un grand oiseau
qui vole au-dessus du jardin,
et même beaucoup plus loin.

 

 

 

Mais ce sont les jours qui s’envolent.
Plus aucune main n’est venue fouiller
dans le nichoir du jardin,
et Pénélope perd espoir.
— Je suis Pénélope, la poule de Pâques !
On m’a oubliée !
Je vous en prie,
venez me chercher !
Il n’y a plus rien à manger ici,
et j’ai tant maigri !
 

 

C’est vrai qu’elle a maigri.
Le doux soleil de printemps
la fait fondre chaque jour un peu plus,
et, à présent,
elle n’a plus que la taille d’un coucou.
 

 

— Personne ne viendra
avant de bien longs mois !
Demain c’est le mois de mai !
chuchote la lune en aiguisant
les pointes de son croissant brillant.
— Le mois de mai ?
Il va faire de plus en plus chaud !
Je suis perdue !
 

 

 

À son réveil,
la petite, la toute petite Pénélope,
est devenue blanche !
Quel étrange plumage !
Les pétales de fleurs du cerisier
recouvrent partout le chocolat.
 

 

— Quel genre d’oiseau es-tu ?
Et quel drôle de parfum ?
chante un rouge-gorge
en se posant à la porte du nichoir.
Viens avec moi,
aujourd’hui sera une magnifique journée !
— Mais, je ne sais pas voler !
murmure timidement Pénélope.
— Pas voler, avec autant de plumes,
ça m’étonnerait !
 

 

Perchée au bord du nichoir,
Pénélope a peur de se rompre le cou,
mais elle sait aussi
qu’elle n’a plus rien à perdre.
Le soleil de cette belle journée,
finira de la faire fondre.

 

 

 

 

Alors, tout doucement, en tremblant,
elle déploie ses ailes en fleurs de cerisier,
relève un peu sa tête,
dresse sa crête blanche,
s’élance,
et s’envole…
 

 

 

 

— Je vole ! s’exclame Pénélope,
surprise et heureuse,
Jouant avec les courants d’air,
franchissant les murs des jardins,
passant, d’un seul coup d’ailes,
de la cime d’un arbre au toit d’une maison,
elle flotte dans le grand océan du ciel.
Elle vole ainsi de longs jours durant.

 

Parfois, lorsque quelques-unes
de ses plumes de pétales se détachent,
elle va se blottir
sur les branches des pêchers,
des pommiers ou des poiriers,
et s’envole,
parée d’un tout nouveau plumage.
 

 

 

Dans chaque jardin,
dans chaque arbre,
dans chaque buisson,
savez-vous ce qu’elle fait ?
Pénélope pond un œuf.
Un tout petit œuf.
Parfois il est tout clair,
en chocolat au lait,
parfois bien sombre,
en chocolat noir,
le plus souvent, il est blanc,
et bien parfumé.

 

Cachés un peu partout, ses œufs attendent
que les enfants les ramassent
le dimanche de Pâques.
Ils ont un goût de pomme,
de poire ou bien de pêche,
mais beaucoup plus souvent,
une saveur de cerise.

 

Et Pénélope ?
On dit qu’après son long voyage,
elle attend de nouveau,
quelque part dans le nichoir d’un arbre,
qu’une petite main vienne enfin la trouver,
la dépose dans un panier,
pour devenir vraiment,
la Reine de Pâques.

 

 

 

 
 
 
Hubert Ben Kemoun
Pénélope – La poule de Pâques
Flammarion, 1998
Publicités