Le monstre aux yeux de feu

 

« Je voudrais un monstre, dit Rikki, un monstre tout doux, qui soit rapide, qui soit fort, qui sache voler et aussi galoper dans l’air, qui sache aussi nager, qui puisse être tout petit afin de pouvoir se cacher, et aussi très grand, quand je veux qu’il soit énorme. »
« Un monstre de la sorte, je n’en ai jamais vu », dit maman.
« Un monstre comme ça, ça n’existe pas », ajoute papa.
« Si, ça existe ! » dit Rikki.

 

 

« Mais où suis-je ? Cherche-moi ! » dit une voix alors que Rikki va au lit.
Curieux, il écoute, les oreilles tendues dans l’obscurité.
« Cherche-moi ! » dit à nouveau la voix.
Rikki tâtonne avec précaution sous son lit.
« Ça y est ! Je t’ai trouvé, tu es là ! » s’écrie-t-il en touchant de sa main le monstre tout mou.
« Et maintenant, attrape-moi ! » dit le monstre.
Il fonce à travers la chambre, saute sur le lit, sur l’armoire, sur la table…

 

Rikki saute sur le lit lui aussi et lui court après. Le monstre se tapit dans le coin rempli de jouets et Rikki aperçoit maintenant ses yeux, scintillants comme deux billes de feu.
D’un bond, il saute sur le monstre et l’agrippe avec force.
« Bats-toi avec moi », dit le monstre.
Dans les bras de Rikki, il grossit et devient beaucoup plus grand que lui.
Il lui montre sa force. Le cœur de Rikki bat très fort, et alors, il se bat, lutte et combat jusqu’à ce qu’il s’étale sur le sol.
« Et maintenant, envolons-nous ! » dit le monstre. « Est-ce que tu vois mes ailes ? »
Rikki voit effectivement que de superbes ailes poussent sur le dos du monstre.
« Viens, assieds-toi ! » lui propose le monstre.
Et les voilà partis.

 

 

« Accroche-toi bien, on s’envooooole ! »
Avant que Rikki ne réalise, le monstre avance dans les airs à grande vitesse grâce à ses ailes.
« Fais attention ! Il y a une grande cheminée », s’écrie Rikki, tout en pensant : Oh là, là ! Il vaut mieux que je ferme les yeux ! On plonge dans la mer !
Rikki sent déjà l’eau sur son corps et il ouvre ses yeux à nouveau.

 

 

Le monstre est devenu un énorme poisson. Ils nagent en passant devant des moules et plein de plantes aquatiques, puis ils voient une grotte sombre.
« Fais-toi tout petit, grand monstre », lui demande Rikki.
Rikki aimerait tellement voir ce qui est caché dans la grotte. Le monstre est déjà devenu tout petit, aussi petit qu’un poisson, et Rikki avec lui. Ils passent par l’entrée de la grotte.
« Mais oh ! On dirait une énorme bouche qui s’ouvre devant nous. C’est un monstre marin. Vite, vite, redeviens énorme ! »
Rikki a très peur.
L’énorme gueule voudrait bien les dévorer. Mais Rikki et le monstre grandissent, grandissent… Tellement que le monstre marin ferme cette énorme bouche tout en pensant : il me semblait qu’il y avait quelqu’un là et tout d’un coup, il n’y a personne.
L’aurais-je déjà avalé ?
« Bien joué, mon monstre à moi ! » dit Rikki en riant. Ils nagent tranquillement au milieu de l’eau quand soudain, ils aperçoivent une large bande lumineuse au-devant d’eux.
« Qu’est-ce que c’est ? » demande Rikki.
« C’est le clair de lune, répond le monstre. Nous devons maintenant nous en retourner, ajoute-t-il. »

 

 

Le chemin du retour est encore long.
D’un grand coup de queue, le monstre fait demi-tour et remonte avec Rikki vers la surface.
Ils n’ont pas plus tôt atteint la rive que le monstre retrouve à nouveau sa crinière et que sa queue se développe. Il s’étire et bondit aussitôt en l’air.
Blotti tout contre le dos du monstre, Rikki se laisse porter, et, même de loin, il reconnaît sa maison. La fenêtre de sa chambre est grande ouverte. Quelle chance ! pense-t-il.
Ils atterrissent ensemble sur le tapis au pied du lit de Rikki.
« Reste avec moi », demande Rikki.
« Oui, bien sûr », lui répond le monstre.
Et il monte la garde toute la nuit à ses côtés.

 

 

« Bien sûr que les monstres comme ça, ça existe ! Et même que j’en ai un à moi », dit Rikki le matin quand sa mère le réveille.
« Et où est-il donc ? » demande-t-elle, surprise.
« Tu ne peux pas le voir, il s’est fait tout petit. »
« Ah bon ? » s’étonne maman. Et elle prend Rikki dans ses bras.
« Allez, viens maintenant, c’est moi qui te protège ! » dit-elle.

 

 

Annelies Schwarz
Le monstre aux yeux de feu
Paris, Minedition, 2014