Le papillon bleu

 

 

Une histoire vraie

 

Mon grand-père avait une idée de la réincarnation qui lui était très personnelle. Il était convaincu qu’après sa mort, il reviendrait un jour sur terre sous la forme d’un papillon bleu.
Il me fit part de cette certitude avant de mourir et c’est ainsi que je suis sûre d’avoir déjà rencontré plusieurs fois mon grand-père à un endroit précis de la forêt amazonienne.
En 2005, alors que je retournerai dans mon pays pour un tournage, j’ai raconté cette histoire que, bien sûr, personne ne crut. Les gens me demandèrent cependant de leur montrer le papillon bleu. Le lendemain, nous partîmes pour la forêt, et j’avoue ne pas avoir été sûre que mon grand-père se montrerait cette fois encore. Et puis, un épais rayon de soleil traversa l’épaisse couche de feuilles, et comme illuminé par un projecteur venu du ciel, apparut le grand papillon bleu dansant dans la lumière.
Mes yeux brillants ne me laissèrent aucun doute sur qui était ce papillon.
Les larmes aux yeux, les opérateurs filmèrent cette rencontre extraordinaire.
 
 
Sueli Menezes

 

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Le papillon bleu

 
Au milieu de la forêt tropicale habitait Taina, la petite indienne.
Elle vivait chaque jour de nombreuses aventures avec ses frères et sœurs. Ils jouaient avec des arcs et des flèches, se balançaient grâce à des lianes d’un arbre à l’autre et s’amusaient comme des fous.

 

 

Mais ce qu’ils préféraient c’était le temps qu’ils passaient avec leur Grand-père bien-aimé. Chaque matin, celui-ci réveillait la petite Taina et, assis ensemble autour du feu, ils buvaient du thé et savouraient les premiers rayons de soleil sur les minuscules gouttes de rosée laissées par la nuit et qui faisaient briller comme un diamant ce nouveau jour.
Quand Taina partait avec son Grand-père dans la forêt, elle était tout excitée par les nombreuses histoires qu’il lui racontait.

 

 

Un jour, Schuscho, le chat de Taina, mourut.
Elle pleura tant que sa tristesse parut ne pas pouvoir prendre fin.
Voir sa petite-fille si triste fut insupportable à son grand-père.
« Viens petite, lui dit-il en lui tendant la main, je voudrais te raconter une histoire ».
« Grand-père, je les connais déjà toutes, tes histoires ! » déclara Taina avec une voix emplie de chagrin.
« Eh bien, ma petite, tu en connais certes beaucoup, mais pas encore toutes. Il y a une histoire très particulière que mon grand-père m’a racontée alors que j’étais encore un petit garçon, et c’est celle-là que je voudrais te raconter maintenant. »

 

 

Curieuse, Taina prit la main de son Grand-père et ils se dirigèrent vers le grand manguier sur la rive du fleuve. Elle grimpa en haut de l’arbre. Alors Grand-père commença son récit :
« Taina, la vie est comme cette chenille, dit Grand-père en lui montrant un vers qui rampait le long de la branche. Et un jour, quand nous sommes vieux et faibles, nous nous enveloppons dans un cocon afin de renaître à nouveau. »
Il lui montra alors le cocon qui était suspendu à une autre branche de l’arbre.

 

 

« Et quand nous renaissons, nous nous envolons tel un papillon. » Et il lui désigna les papillons innombrables qui volaient dans la prairie. « Un jour, moi aussi, je partirai. Je te manquerai, bien sûr, mais si tu te souviens de cette histoire, tu ne seras plus triste, car tu sauras que, devenu papillon, je me sentirai bien. »

 

Taina fut enthousiasmée par cette histoire, mais elle voulut encore savoir une chose : « Mais Grand-père, comment ferai-je pour te reconnaître parmi tous ces papillons ? »
« Ah, ne t’inquiète pas, ma chérie, tu me reconnaîtras et sauras que c’est moi, parce que je serai le plus beau des papillons bleus, bien plus beau que n’importe quel autre de tous les papillons bleus que tu auras jamais vus. »
Taina hocha la tête, rassurée.

 

 

Des années plus tard, alors que le Grand-père de Taina était déjà mort, il n’y eut pas un jour sans qu’elle ne pensât à cette histoire qu’il lui avait jadis racontée.
Et son souhait le plus cher fut de rencontrer un papillon bleu.

 

Et puis, un jour, comme elle était assise à son endroit préféré, sur le manguier, et qu’elle pensait avec nostalgie à son Grand-père… un grand rayon de soleil perça l’épais feuillage au-dessus d’elle. Puis, comme illuminé par une lumière céleste, un grand papillon d’un bleu magnifique dansa devant elle.
Il voleta autour d’elle pour finalement se poser sur son épaule.
Elle ressentit une incroyable sensation, comme si son Grand-père l’avait enlacée.
Elle se sentit infiniment comblée et heureuse.

 

 

Sueli Menezes ; Annika Siems
Le papillon bleu
Paris, Minedition