La vache Amélie

La vache Amélie n’aime pas gambader.
Elle n’aime pas l’herbe sucrée des prés.
Elle n’aime pas donner son lait…

 

 

La vache Amélie aime seulement regarder passer les trains, là-bas, au bout de la prairie…
Les trains qui s’en vont dans le soir, qui s’en vont loin, loin, loin…
« Ah ! comme je voudrais voyager ! » songe-t-elle en ruminant tristement.

 

Un soir, le train ralentit car le mécanicien pense à sa petite amie Jocelyne.
Alors, Amélie se dit : « J’y vais ! » et elle saute dans un wagon.
Comme elle est lourde, elle fait une belle dégringolade sur le tas de bûches.

 

 

Puis, elle se laisse aller en regardant les nuages défiler.
Que c’est bon le vent frais entre les cornes d’une vache qui part à l’aventure !

 

La nuit est tombée… Le train s’arrête dans une petite gare.
Alors, Amélie saute sur le quai et s’en va visiter la ville.

 

 

Les rues sont désertes. Amélie joue avec son ombre à la lueur des réverbères.
Elle valse de joie, elle fait des entrechats de vache.

 

Elle se voit dans les vitrines et trouve qu’elle a l’air d’une vraie ballerine.
Elle se roule dans le bac à sable un petit moment.

 

 

Dans le jardin public, elle fait de la balançoire.

 

 

Mais un agent gardien de nuit l’aperçoit.
— Une vache ! Viens ici, sale bête !
Amélie s’enfuit. L’agent se met à siffler.
Alors, il sort des agents de partout, partout.

 

 

Pauvre Amélie !
On l’a capturée et on l’emmène au zoo.
Elle meugle dans la nuit.
On a mis Amélie dans la cage de Falo, le bison d’Amérique.
Ils se racontent leur enfance et pleurent tous les deux.

 

 

Au petit matin, le gardien arrive. C’est l’heure du déjeuner.
Amélie et Falo regardent le gardien de leurs grands yeux tristes. Ils le regardent très très longtemps…
Et au bout d’un moment, le gardien soupire :
— Ça va. D’accord ! et il leur ouvre la porte.
Amélie et Falo se sont enfuis très loin.

 

 

S’ils sont encore en vie aujourd’hui, vous les rencontrerez peut-être, sous un pommier ou au bord d’un étang, en train de se lécher le museau, car, bien sûr, ils s’aiment tendrement.

 

Anne-Marie Chapouton
La vache Amélie
Paris, Flammarion, 1996

VOICI LE PDF !

La vache Amélie