À la bibliothèque de la Rue Droite

 

Après avoir découvert que l’assemblage de lettres formait des mots, et que les mots composaient des phrases, Otto passait ses journées à lire dans l’ancienne bibliothèque, une maison vétuste de la Rue Droite. Et il a appris que tout ce qui était écrit dans ces immenses piles de livres n’était que le fruit de la combinaison de vingt-six lettres, rien que vingt-six lettres !

 

Et Otto a beaucoup lu !

 

Il a lu et relu les aventures de mille marins… Il a tout appris sur les oiseaux migrateurs, les monstres qui se tenaient sous la coque des navires, la solitude des vagues, le chant de la brume et des rives de la mer…

 

 

Il a tremblé devant l’île des géants, rêvé des terres glacées de la fin du monde, est resté muet devant les graves et terrifiants grognements des dragons.
Il a même découvert que dans l’obscurité des grottes, les pirates gardaient des diamants et des secrets…
Il a tout lu sur les hirondelles, a appris à écouter le silence des montagnes, le bruit des vents, a pu suivre la direction des nuages et la maturation des fruits.

 

 

Et les livres étaient les seuls à oser lui parler des sorcières, des fées et des gnomes…

 

Tout ce qu’il souhaitait apprendre et connaître était bien là, dans les pages de cette immense pile de pages imprimées… Et rien que le mélange de vingt-six lettres…

 

Il suffisait d’ouvrir et de lire les livres, et bientôt les aventures, les histoires, les pensées et la poésie se réveillaient pour toujours…

 

 

Un beau matin, Otto a pris un petit livre sur une étagère, un bouquin à la couverture verte et aux strophes nombreuses… Il a juste lu quelques vers et a été tellement ravi qu’il a crié, les yeux perdus dans le vague :
« Que c’est beau ! Magnifique ! »
Et il a lu et relu plusieurs fois les mots incantatoires et magiques…
À la fin, il avait appris par cœur tous les poèmes !

 

Ensuite, Otto a fermé le livre et les yeux, et a récité ce qu’il venait de lire à haute voix pour mieux sentir la poésie dans son cœur.
Mais, comme la vie est pleine de caprices, à ce moment-là Anna passait tout près… juste à temps pour entendre la fin :
« Je voulais tellement…
que tu sois à mes côtés toute ma vie… »

 

« Euh ? C’est pour moi ?… » a-t-elle murmuré.
Avant qu’Otto n’ouvre les yeux, Anna l’a tendrement serré dans ses bras… et Otto a fait de même, doucement entraîné par tant de tendresse… Ils ne se sont plus jamais quittés.

 

 

Le temps a passé…
Aujourd’hui, Otto et Anna continuent à fréquenter l’ancienne bibliothèque, mais, en ce moment, ils cherchent des livres pour leurs enfants…

 

 

Walter Lara
Na biblioteca da Rua Direita
Belo Horizonte, Abacatte, 2016
(Traduction et adaptation)

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À la bibliothèque de la Rue Droite