L’or bleu des Touaregs

 

 

La différence entre un jardin et un désert,
ce n’est pas l’eau, c’est l’homme.
Proverbe touareg

 

 

Je m’appelle Amzin. J’ai sept ans et demi.
Avec maman, nous attendons le retour de papa, le chef de la caravane.
Je m’occupe des chèvres et surtout de Baku, notre bébé dromadaire.
C’est mon meilleur ami !

 

 

Enfin, les voilà !
Je saute dans les bras de mon père, il me soulève dans les airs.
Malgré sa joie de nous retrouver, son regard est sombre.
« Je n’ai pas trouvé de nouveaux pâturages pour les bêtes, nous dit-il. Avec la sécheresse, l’herbe nouvelle n’a pas poussé. »
On nous appelle les « hommes bleus » à cause de la couleur de nos vêtements. Nous sommes des nomades. Nous nous déplaçons d’un campement à l’autre en transportant nos biens à dos de dromadaires.

 

 

Avec les copains, j’apprends à écrire sur le sable. Nous jouons aux dames avec des crottes de dromadaires.
Le soir, après le repas, nous buvons du thé autour du feu, avant de rejoindre la grande tente qui nous protège de la nuit glacée.

 

 

Depuis des années, le désert gagne du terrain.
Le sol est devenu dur et craquelé. Sans eau, les graines ne peuvent plus germer. Même pour nous, peuple du désert habitué au manque d’eau, la vie est de plus en plus difficile.

 

La nuit est tombée.
Dans le ciel, les étoiles s’allument comme mille lanternes.
Les hommes sages de la tribu se réunissent autour de mon père.
L’heure est grave : ils décident d’installer notre campement en ville en attendant des jours meilleurs.

 

 

Le matin de notre départ, un vent violent se lève. D’énormes nuages jaunes montent dans le ciel.
C’est le khamsin, la terrible tempête de sable ! Hommes et animaux, nous devons tous nous mettre à l’abri.

 

Nous marchons des jours et des jours, sous le soleil brûlant.
Le vent du désert efface derrière nous l’empreinte de nos pas.
Sur le dos des dromadaires, nos baluchons se balancent. Nous sommes des nomades, nos rêves sont toujours devant.
J’aperçois au loin des murs de terre, des maisons serrées les unes contre les autres.

 

 

La ville, enfin !
Chacun s’installe où il peut.
Papa plante notre tente aux portes de la ville.
Mon copain Idir et sa famille se mettent à côté de nous.
Je me sens moins seul.

 

 

Ici, la vie est très différente.
Les gens font la queue aux rares puits pendant des heures pour remplir leurs bidons d’eau.
Les temps sont durs et nous sommes obligés de vendre nos bêtes, sauf le dromadaire de papa et mon ami Baku. Papa a le cœur brisé.
Avec cet argent, papa pense acheter un champ laissé à l’abandon, dont le puits est à sec. Mais il hésite car il ne sait pas cultiver la terre.
Alors, en attendant, il cherche du travail.

 

 

C’est ainsi que papa, le fier chef touareg, a accepté d’aider les maçons sur un chantier, il porte de lourdes briques de terre toute la journée.
Il est très malheureux.

 

Le soir, pour lui changer les idées, je lui demande de me raconter l’histoire d’Amazigh, le berger du désert.
Je connais la fin par cœur : « il faut creuser les puits aujourd’hui pour étancher les soifs de demain… »
Alors, papa relève la tête et s’écrie :
« Mais bien sûr, c’est cela qu’il faut faire ! »

 

D’après papa, l’eau est là, sous nos pieds.
Il suffit de creuser l’ancien puits plus profondément.

 

 

Papa reprend courage, réunit les hommes les plus forts de la tribu et les emmène dans notre champ.
Ils commencent aussitôt à désensabler le puits, puis ils creusent profond, profond… jusqu’à ce qu’ils trouvent de l’eau : l’or bleu !
Tous ensemble, nous nous mettons à travailler la terre pour faire un grand potager. Maman et moi construisons des palissades qui coupent le vent et retiennent les dunes de sable.
Les hommes creusent des rigoles pour irriguer les différentes parcelles. Ensuite, nous plantons des graines et nous les arrosons.
Il ne nous reste plus qu’à attendre.

 

 

Grâce au soleil et à l’eau du puits, tout a poussé très vite. Nous sommes fiers de notre travail et de la beauté de notre jardin.
Toute cette verdure dans un océan de sable !
Nous sommes impatients de faire notre récolte.

 

 

Le grand jour est arrivé !
Quel bonheur de ramasser nos premiers fruits et légumes ! Des betteraves, des navets, des oignons, de l’ail et même des citrouilles et des melons. La récolte est magnifique… Nos paniers sont pleins !
Grâce à la vente de notre production, papa rachète des chèvres.
Avoir un troupeau, c’est si important pour nous, les Touaregs.
Papa a retrouvé son regard fier. Son cœur est à nouveau heureux.

 

 

Après avoir travaillé dur dans les champs, nous reprenons certains jours notre vie de nomades.
Sous le soleil accablant, nous parcourons les dunes infinies.
Le désert nous appelle, nous sommes des Touaregs, les hommes bleus.

 

 

Donald Grant
L’Or bleu des Touaregs
Paris, Le Sorbier, 2009