J’ai deux pays dans mon coeur

 

Je m’appelle Mehdi, ma petite sœur s’appelle Leïla et mon grand frère Saad. J’aime beaucoup nos prénoms, ils me parlent du pays de notre famille, de l’autre côté de la mer Méditerranée.

 

Mon pays c’est aussi ici, où je suis né. C’est mon pays de tous les jours et de toutes les nuits. C’est ici où je vis, où je vais à l’école, où j’ai mes amis. L’autre pays, c’est celui où mes grands-parents et mes parents vivaient. J’aime qu’ils me montrent des images de leur vie d’avant.

 

J’aimerais bien aller visiter le pays de mes grands-parents, on me dit que je ressemble aux enfants de là-bas. Pour le moment, le voyage est trop cher, mais je suis sûr qu’un jour on pourra y aller tous ensemble.

 

 

Parfois on nous dit que nous sommes des immigrés. Ma grand-mère m’a expliqué qu’il fallait beaucoup de courage pour quitter son pays et tous ceux qu’on aime. Et puis, c’est dur de vivre avec très peu d’argent et de trouver du travail.

 

 

Mon papa et ma maman ont deux pays dans leur cœur, le nôtre et celui de leur famille. Quand ils parlent, ils disent parfois des mots dans leur langue que je ne comprends pas, j’aimerais bien l’apprendre.

 

Dans mon quartier, presque tout le monde vient de loin. Koura vient d’Afrique, elle est très belle avec sa peau noire qui brille au soleil et ses cheveux pleins de petites nattes. Tchang vient de Chine, Emil vient de Roumanie, mais quand on est ensemble on se sent tous pareils, on est tous des enfants et on est bien.

 

 

Moi je me sens vraiment d’ici même si parfois, dans les yeux des gens, je sens qu’ils me voient comme quelqu’un de différent, qui vient d’ailleurs. Parfois je crois qu’ils ne nous aiment pas.

 

Quelquefois dans la rue, on nous dit des choses pas gentilles. Il y a même des gens qui disent qu’on devrait repartir, ça me donne envie de pleurer.

 

 

Nicole, notre maîtresse, nous console, elle dit que les gens qui parlent comme ça ne réfléchissent pas et qu’on ne peut pas nous chasser d’ici puisque c’est notre pays autant que le leur. Nous avons tous les mêmes devoirs et les mêmes droits.

 

 

Le racisme, c’est de ne pas pouvoir partager quelque chose ou un pays avec tous les autres, surtout avec ceux qui viennent de loin ou qui sont différents. Nicole dit que de toutes les façons, nous sommes tous venus d’ailleurs.

 

 

Moi je trouve amusant de venir des quatre coins du monde. J’aime les histoires des autres pays que racontent mes amis, écouter leurs musiques, manger leur cuisine et rencontrer leurs parents.

 

 

À l’école, on apprend vraiment à vivre ensemble et on se fait des amis pour la vie. C’est formidable de s’apercevoir qu’on est tous des terriens.

 

 

Catherine Dolto
J’ai deux pays dans mon cœur