Léo

 

Léo ne savait rien faire correctement.

Il ne savait pas lire.

Il ne savait pas écrire.

Il ne savait pas dessiner.

Il mangeait comme un bébé.

Il ne disait pas un mot.

 

 

« Que peut donc avoir Léo ? » demandait son père.

« Il n’a rien », répondait sa mère. « Léo est lent à s’épanouir, c’est une fleur tardive. »

« Mieux vaut tard que jamais », pensait le père.

 

Et chaque jour Papa Tigre observait son Léo pour voir s’il avait fait des progrès.

 

Et chaque nuit Papa Tigre observait son Léo pour voir s’il avait fait des progrès.

Mais il ne voyait rien venir.

 

 

« Es-tu bien sûre que Léo s’épanouira un jour ? » demandait le père.

« Patience ! » répondait la mère. « Ne l’observe donc pas tout le temps ! Laisse-le tranquille. »

 

Le père de Léo essaya d’oublier son fils et regarda la télévision.

 

Les froids de l’hiver apportèrent la neige.

Le père de Léo laissait passer le temps, mais Léo ne s’éveillait pas.

 

 

Les arbres bourgeonnèrent.

Le père de Léo laissait passer le temps, mais Léo ne s’éveillait pas.

 

 

Et puis, tout à coup, à son heure, Léo s’épanouit comme les fleurs au soleil.

Maintenant, il sait lire.

Maintenant, il sait écrire.

Maintenant, il sait dessiner.

Il mange proprement.

Il sait aussi parler.

Et il ne répète pas toujours le même mot.

Il peut dire toute une phrase, et cette phrase c’est…

 

 « Moi aussi, je sais le faire. »

 

Robert Kraus ; José Aruego
Léo
Paris, l’école des loisirs, 1973