Un erratum pour la vie

 

La devise « Connais-toi toi-même » implique, dans la plupart des cas, une route difficile et ardue qui ne sillonne pas toujours de grands champs verts, des rivières qui scintillent au soleil, ou des montagnes qui nous conduisent près d’un ciel bleu.

 

Notre paysage intérieur recèle aussi une zone crépusculaire, et, les nuits où nous sommes tenus éveillés par une insomnie implacable, nous sommes parfois surpris par les doutes et les soucis qui volent le sommeil et la paix, tels des cambrioleurs envahissant notre maison dans le calme de la nuit.

 

Poussés par une force secrète et inexorable, nous descendons les escaliers d’un puits sombre et sans fond, où nous faisons face à de multiples ténèbres, ombres sans forme, serpents, chauves-souris et autres créatures inhabituelles, incertains quant à la vérité de ce que nous voyons ou pensons voir. Et nous sommes amenés à creuser les profondeurs de ce qui nous entoure, comme si nous étions des archéologues.

 

Parfois, sous une épaisse couche grise de poussière, nous trouvons des choses merveilleuses, à la fois touchantes et édifiantes, sur nos vies et nous-mêmes. D’autres choses, cependant, sont autant de souvenirs embarrassants et encombrants dont nous avons plutôt honte.

 

C’est alors que nous prenons conscience des nombreuses occasions où nous avons laissé couler la vie au hasard, des fois où nous n’avons pas voulu tendre la main, des réponses plus gentilles que nous aurions pu faire et de combien d’occasions où nous aurions pu être plus compréhensifs.

 

Nous nous rendons compte que nous avons été indignes, lâches, ou que nous avons menti sans scrupules. Ce sont des moments douloureux et inconfortables qui nous collent à la peau, des éclats qui percent la chair qui est la nôtre.

 

Allongé dans mon lit, chassant mes fantômes, je me rends compte que chacun de nous devrait avoir un erratum pour le livre que nous écrivons tous les jours, un livre qui symbolise notre vie. Dans cet erratum, le chapitre COMMENT NOUS AVONS VÉCU enregistrerait nos défauts ou omissions, et un autre COMMENT NOUS AURIONS DÛ VIVRE enregistrerait les attitudes que notre conscience actuelle nous ferait prendre. Nous pourrions donc devenir une conscience en acte, une édition révisée et corrigée de nous-mêmes.

 

Il ne s’agit pas d’effacer ce que nous avons été ou ce que nous avons fait, mais de nous réécrire nous-mêmes. Nous sommes le produit des circonstances : en exigeant souvent beaucoup de nous, la vie montre que nous sommes les véritables responsables de nos choix. C’est à nous d’améliorer notre vie en nous améliorant.

 

Certaines personnes tiennent un journal ou un album photo. Nous pourrions garder un erratum afin de ne pas perdre le fil d’Ariane, un manuel d’instructions qui nous guiderait sur les routes glissantes de la vie.

 

Demain, tôt le matin, je vais me réécrire.
Un désaccord qui a eu lieu il y a deux jours sera réécrit en réconciliation.

 

M. S.