Les bibliothèques peuvent sauver des vies

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Voici un beau témoignage du pouvoir émancipateur et transformateur des bibliothèques publiques de la part d’une petite fille nommée Storm Reyes, qui a grandi dans une communauté amérindienne assez pauvre, et qui a vu sa vie profondément changée, peut-être même sauvée, par une bibliothèque itinérante.

Plus tard, elle est devenue bibliothécaire.

 

 

Voici l’histoire de Reyes racontée à la première personne :

 

« Travailler dans les champs et vivre dans les camps d’ouvriers agricoles itinérants, c’est tellement dur ! Les conditions de vie étaient terribles ! Mes parents étaient alcooliques, et j’ai été battue, maltraitée et négligée. J’ai appris à me battre avec un couteau bien avant d’apprendre à faire du vélo.

Lorsqu’on travaille dur jour après jour, on ne pense qu’à remplir le ventre affamé. Vous pouvez marcher dans la rue et voir une rangée de belles maisons, mais jamais vous n’osez rêver de vivre dans l’une d’entre elles.

Tu ne rêves pas. Tu n’espères rien.

 

Quand j’avais douze ans, une bibliothèque itinérante est venue aux champs. Je croyais que c’étaient des protestants, parce qu’ils venaient souvent nous offrir des couvertures et de la nourriture. Alors je suis allée jeter un coup d’œil, et j’ai vu que le petit bus était rempli de livres.

 

J’ai immédiatement — et je souligne immédiatement — pris du recul. Je n’avais pas le droit d’avoir des livres, parce que les livres sont lourds à porter, et quand vous vous déplacez souvent, il faut juste un minimum de choses. Bien sûr, j’avais lu dans les courtes périodes où j’avais été autorisée à aller à l’école, mais je n’avais jamais eu un livre à moi.

 

Heureusement, un employé m’a vue et m’a fait signe. J’étais nerveuse. Le bibliothécaire m’a expliqué : « Ce sont des livres, et tu peux prendre un chez toi. Il suffit de le rapporter dans deux semaines. » « C’est quoi le piège ? » j’ai demandé. Il a dit qu’il n’y avait pas de piège… Puis il m’a demandé ce qui m’intéressait.

 

La veille, un ancien nous avait raconté l’éruption du mont Rainier et la dévastation qu’elle avait causée. Alors, j’ai avoué que je me sentais assez nerveuse à cause de cette éruption volcanique, et le bibliothécaire a ajouté : « Tu sais, plus tu connais une chose, moins tu la crains. » Et il m’a donné un livre sur les volcans. À la fin, je suis partie avec trois livres : celui sur les volcans, un autre sur les dinosaures, et encore un troisième sur un petit garçon dont la famille travaillait aux champs.

Je les ai tous pris et je les ai dévorés.

 

Je suis revenue deux semaines plus tard, et il m’a donné encore d’autres livres… et c’est comme ça que tout a commencé.

À quinze ans, je savais qu’il y avait un monde en dehors des champs, et je croyais pouvoir y trouver une place. J’avais lu sur des gens comme moi et pas comme moi. J’avais vu à quel point le monde était immense, et cela m’a donné le courage de partir. Et je l’ai fait. Les livres m’ont appris que l’espoir n’était pas seulement un mot.

 

Quand je suis partie, j’ai fait l’école professionnelle, et j’ai obtenu un diplôme de sténographie. Puis, quand la Pierce County Library a eu un poste vacant, j’ai été embauchée.

Il y a déjà trente-deux ans que j’aide les lectrices et les lecteurs de tous les âges à se nourrir de livres : je sens, au plus profond de moi-même, que j’ai avec la bibliothèque un engagement pour la vie.

 

C’est sûr, les bibliothèques peuvent sauver des vies.

 

Maria Popova