Avoir quelqu’un…

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Si je peux empêcher
un cœur de se briser,
je n’aurai pas vécu en vain.

 

Emily Dickinson

 

Toutes les mères veulent voir leurs filles heureuses et aimées. Et toutes les filles veulent vivre heureuses pour toujours. Ce fut donc difficile pour moi et pour ma fille Jackie quand elle est devenue mère célibataire. Toutes les deux, nous avons dû faire face à la réalité : sa vie ne correspondait pas à notre image de comment les choses « auraient dû être ».

Puis, comme si les choses n’étaient pas assez difficiles, Jackie décida de déménager avec son fils de deux ans, Kristopher, dans l’espoir de commencer une nouvelle vie. Même si cela signifiait que des kilomètres nous sépareraient, et que ma fille et Kristopher me manqueraient beaucoup, je savais qu’elle avait pris la bonne décision.

Jackie était infirmière. Elle trouva un poste de soir à l’hôpital de la ville où elle avait déménagé. Elle finit par fréquenter un jeune homme. « Il est merveilleux, maman », me disait-elle. Elle semblait heureuse, mais j’étais sceptique. Quelles étaient les intentions de cet homme envers ma fille ? Accepterait-il son fils ? La traiterait-il avec gentillesse et amour, ou la ferait-il souffrir et lui briserait-il le cœur ? J’avais beau essayer de toutes mes forces de chasser ces questions de ma tête, je n’y parvenais pas.

Puis, arriva ce que tous les parents et tous les grands-parents craignent : le petit Kristopher tomba gravement malade. Il pleurait et se plaignait d’avoir mal aux jambes dès qu’on le portait ou qu’on le touchait. Après plusieurs jours horribles, les médecins diagnostiquèrent qu’il souffrait d’ostéomyélite, une infection des os, et que c’était grave. L’infection semblait se propager. Kristopher fut hospitalisé pour être opéré d’urgence.

Après l’opération, on ramena Kristopher dans sa chambre et on lui installa une intraveineuse. Des tubes entraient et sortaient de ses minuscules hanches pour irriguer la région opérée. Mais en dépit des solutions et des antibiotiques, il continua à faire beaucoup de fièvre. Kristopher maigrissait, n’avait pas d’appétit et devenait un petit garçon triste.

Les médecins nous dirent qu’il fallait de nouveau l’opérer pour arrêter l’infection. Une fois de plus, son petit corps dut subir la pénible intervention. Puis, il resta allongé dans son petit lit à barreaux. Il était attaché à de si nombreux tubes que sa mère ne pouvait pas le bouger, le prendre, le tenir ou le bercer dans ses bras.

Tous les soirs, quand Jackie devait retourner travailler, je faisais le long voyage en voiture pour voir Kristopher. Je ne pouvais rester que quelques heures parce que cela me prenait plusieurs heures pour retourner chez moi. Chaque fois que je me préparais à partir, Kristopher pleurait : « S’il te plaît, ne pars pas grand-maman, sinon, j’aurai personne à avoir. » Chaque fois, j’avais le cœur brisé. Mais je savais que je devais partir. Je lui disais que je l’aimais et je lui promettais de revenir bientôt.

Un soir, alors que j’approchais de la chambre de mon petit-fils, j’entendis quelqu’un parler à Kristopher. Cela ressemblait à une voix d’homme. En approchant, la voix devint plus claire. Quelqu’un réconfortait Kristopher d’une voix calme et gentille. Qui peut bien être ici en train de parler à mon petit-fils comme ça ?

J’entrai dans la chambre, et ce que je vis me coupa le souffle.

Le jeune homme dont ma fille m’avait tant parlé était couché dans le petit lit. Il essayait de se faire aussi petit qu’il le pouvait, avec son mètre quatre-vingts. Son dos large était écrasé contre les barreaux, et ses longs bras entouraient Kristopher comme s’il s’agissait d’un paquet précieux.

Le jeune homme regarda dans ma direction avec un doux sourire explicatif et dit à voix basse : « Les bébés ont besoin d’être serrés dans nos bras. Comme on ne peut pas sortir Kristopher de son lit, j’ai décidé de monter dedans. »

Des larmes de bonheur emplirent mes yeux. Je sus que Dieu avait entendu mes prières. Ma fille avait en effet trouvé un homme au cœur tendre et compatissant. Et le vœu de Kristopher avait été exaucé : enfin, il avait « quelqu’un à avoir ».

Kristopher a maintenant vingt ans et est complétement guéri. Le beau jeune homme de ma fille, John, est devenu le meilleur beau-père qu’un garçon peut avoir.

 

Maxine M. Davis