Ami-Ami

 

Dans une jolie vallée vivaient sans se connaître un gentil petit lapin et un grand méchant loup.
Le gentil petit lapin habitait tout en bas de la vallée dans une petite maison blanche.
Le grand méchant loup habitait tout en haut de la vallée dans une grande maison noire.

 

« Le jour où j’aurai un ami, j’aimerais qu’il soit petit comme moi », se disait chaque matin le gentil petit lapin.
Mais d’ami comme lui, le petit lapin n’en avait point.

 

Dans sa grande maison noire, le grand méchant loup se disait chaque soir :
« Le jour où j’aurai un ami, je l’aimerai immensément ! »

 

Au saut du lit, le petit lapin déjeunait d’un jus de jeunes carottes et de quelques tendres feuilles d’épinard et de laitue.

 

 

« Le jour où j’aurai un ami, j’aimerais qu’il soit végétarien comme moi », se disait chaque matin le gentil petit lapin.
Mais d’ami comme lui, le petit lapin n’en avait point.

 

Dans sa grande maison noire, le grand méchant loup se disait chaque soir :
« Le jour où j’aurai un ami, je l’aimerai  tendrement ! »

 

 

Après avoir déjeuné, le petit lapin dessinait sur les pages blanches d’un grand carnet : des châteaux hantés, de jolies princesses, des chevaliers héroïques et des animaux fantastiques en couleurs.
« Le jour où j’aurai un ami, j’aimerais qu’il sache dessiner comme moi », se disait chaque matin le gentil petit lapin.
Mais d’ami comme lui, le petit lapin n’en avait point.

 

Dans sa grande maison noire, le grand méchant loup se disait chaque soir :
« Le jour où j’aurai un ami, je l’aimerai avec talent ! »

 

Le petit lapin aimait aussi jouer.
Aux dés, aux cartes, aux dames, aux échecs.
« Le jour où j’aurai un ami, j’aimerais qu’il sache jouer comme moi », se disait chaque matin le gentil petit lapin.
Mais d’ami comme lui, le petit lapin n’en avait point.

 

Dans sa grande maison noire, le grand méchant loup se disait chaque soir :
« Le jour où j’aurai un ami, je l’aimerai, même mauvais perdant ! »

 

Le petit lapin collectionnait tout, ou presque.
Les timbres rares. Les cailloux blancs. Les billes de verre. Les branches d’arbres aux formes étranges. Les nids abandonnés.

 

 

« Le jour où j’aurai un ami, j’aimerais qu’il soit collectionneur comme moi », se disait chaque matin le gentil petit lapin.
Mais d’ami comme lui, le petit lapin n’en avait point.

 

Dans sa grande maison noire, le grand méchant loup se disait chaque soir :
« Le jour où j’aurai un ami, mon amitié ne sera pas banale ! »

 

Un beau jour, ce jour-là arriva…

 

Le grand méchant loup descendit tout en bas de la vallée où vivait le gentil petit lapin. Il l’aperçut en bordure d’un chemin de terre où poussaient pêle–mêle de la luzerne… et des fleurs des champs.
Lorsque le loup arriva à sa hauteur, le lapin sursauta et, ne sachant trop que faire, lui tendit la brassée de coquelicots qu’il venait de cueillir.

 

 

Le grand méchant loup prit le gentil petit lapin blanc par la main et serra dans l’autre le joli bouquet rouge écarlate.
« Personne ne m’a jamais offert de fleurs… Tu es mon ami… »

 

« Je ne veux pas de toi comme ami », criait le petit lapin. « Je veux que mon ami soit petit et tu es grand ! Je veux que mon ami aime les légumes et tu n’aimes que la viande ! Je veux que mon ami sache dessiner et tes dessins doivent être affreux ! Je veux que mon ami soit joueur et collectionneur et tu ne dois pas l’être ! »

 

Le grand méchant loup arriva devant sa grande maison noire. D’un double tour de clé, il ouvrit la grande porte sombre, la referma et dit au petit lapin :
« Moi, je t’aime comme tu es. »

 

 

 

 
Rascal ; Stéphane Girel (ill.)
Ami-Ami
Paris, l’école des loisirs, 2002
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