Je t’aimerai toujours

Je t'aimerai toujours1.1

 

Une maman tenait un soir son nouveau-né tendrement dans ses bras et lui chantait tout doucement cette berceuse :
 
Je t’aimerai toujours,
La nuit comme le jour,
Et tant que je vivrai,
Tu seras mon bébé.
 
Son bébé grandit, grandit, grandit, grandit encore et eut bientôt deux ans. Il trottinait partout, tirait les livres des rayons de la bibliothèque et sortait tous les aliments du réfrigérateur. Il s’empara même un jour de la montre de sa mère et la jeta dans les toilettes. Parfois sa maman s’écriait : « Cet enfant va me rendre FOLLE ! »
 
Mais la nuit quand son petit dormait, elle entrouvrait la porte de sa chambre, entrait sur la pointe des pieds, s’agenouillait près de sa couchette et le contemplait dans son sommeil. Et voyant qu’il dormait à poings fermés, elle le prenait tendrement dans ses bras et lui chantait tout doucement cette berceuse :
 
Je t’aimerai toujours,
La nuit comme le jour,
Et tant que je vivrai,
Tu seras mon bébé.
 
Son petit garçon grandit, grandit, grandit, grandit encore et eut bientôt neuf ans. Il ne voulait jamais rentrer le soir faire ses devoirs, il refusait de prendre un bain et sacrait devant sa grand-maman. Parfois sa mère aurait voulu le vendre au zoo!
 
Mais la nuit quand son fils dormait, la mère entrouvrait la porte de sa chambre, entrait sur la pointe des pieds, s’agenouillait près de son lit et le contemplait dans son sommeil. Et voyant qu’il dormait à poings fermés, elle prenait tendrement son grand garçon de neuf ans dans ses bras et lui chantait tout doucement cette berceuse :
 
Je t’aimerai toujours,
La nuit comme le jour,
Et tant que je vivrai,
Tu seras mon bébé.
 
Son garçon grandit, grandit, grandit, grandit encore et fut bientôt un grand adolescent. Il se tenait avec des compagnons bizarres, portait des accoutrements bizarres et écoutait de la musique bizarre. Parfois sa mère avait l’impression d’être dans un zoo!
 
Mais la nuit quand son grand adolescent dormait, la mère entrouvrait la porte de sa chambre, entrait sur la pointe des pieds, s’agenouillait près de son lit et le contemplait dans son sommeil. Et voyant qu’il dormait à poings fermés, elle prenait tendrement ce colosse dans ses bras et lui chantait tout doucement cette berceuse :
 
Je t’aimerai toujours,
La nuit comme le jour,
Et tant que je vivrai,
Tu seras mon bébé.
 
Cet adolescent grandit, grandit, grandit, grandit encore et fut bientôt un adulte. Il quitta sa famille et déménagea à l’autre bout de la ville.
 
Mais parfois dans la nuit noire, sa mère traversait la ville en voiture.
Voyant que toutes les lumières étaient éteintes, elle ouvrait la fenêtre de la chambre à coucher de son fils, entrait sur la pointe des pieds, s’agenouillait près de son lit et le contemplait dans son sommeil. Et voyant qu’il dormait à poings fermés, elle prenait tendrement cet homme dans ses bras et lui chantait tout doucement cette berceuse :
 
Je t’aimerai toujours,
La nuit comme le jour,
Et tant que je vivrai,
Tu seras mon bébé.
 
La maman se fit plus âgée, de plus en plus âgée.
Un jour, elle téléphona à son fiston et lui dit : « Tu devrais venir me voir. Je suis vieille et malade. »
Alors son fils alla la voir. En le voyant entrer, elle voulut lui chanter sa berceuse. Elle entonna :
 
Je t’aimerai toujours,
La nuit comme le jour…
 
Mais elle ne put pas achever. Elle était trop vieille et trop malade.
Le fils courut à sa mère, la prit tendrement dans ses bras et lui chanta tout doucement cette berceuse :
 
Je t’aimerai toujours,
La nuit comme le jour,
Et tant que je vivrai,
Ton bébé je serai.
 
De retour chez lui ce soir-là, le jeune homme hésita longtemps sur la dernière marche de l’escalier.
Puis il entra dans la chambre où sa petite fille dormait. Il la prit tendrement dans ses bras et lui chanta tout doucement cette berceuse :
 
Je t’aimerai toujours,
La nuit comme le jour,
Et tant que je vivrai,
Tu seras mon bébé.

 

Je t'aimerai toujours12.1

Je t'aimerai toujours14.1
 

 

Robert Munsch ; Sheila McGraw (ill.)
Je t’aimerai toujours
Ontario, Firefly Books, 1989

 

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