Violette

     Je m’appelle Violette.
    Parfois, quand je suis un peu fâchée, je viens ici pour rêver à comment c’est ailleurs. Je crois toujours qu’ailleurs, c’est mieux.
    Ensuite, je remonte et je me mets à la fenêtre pour regarder les chiens passer. Si j’en vois un gentil, je partirai avec lui, peut-être.
    Tiens, en voilà un avec deux taches. Les taches, c’est bon signe ! Tous les héros ont des taches.
    Hé, Duchien ! Attends-moi !
    Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? 
    Viens, on part tous les deux ! On dirait qu’on se serait perdus dans le blizzard ! Bizarre, ce blizzard, bizarre, bizarre ! On dirait que le bizarre blizzard soufflerait très fort, mais alors très très fort, d’accord ?
    Si fort qu’on aurait décollé, toi et moi, hein Duchien ?
    Si fort que toutes les choses et les maisons et les cochons auraient décollé. Et même les arbres.
    On tournerait tout autour de la Terre, Duchien, si fort, si vite que c’est la Terre qui aurait l’air de perdre la boule.
    Hé Duchien ! Qu’est-ce qui m’arrive ? Où es-tu ?
    On dirait que le bizarre blizzard est tombé. Mais toi, ne me laisse pas tomber, Duchien !
    Bête de branche cassée qui m’a laissée sur le carreau avec un drôle d’oiseau !
    Duchien, je me sens seule, très seule. Oh, où es-tu ? Que fais-tu ?
    Prenons l’air de rien pour ne pas nous faire remarquer. Au fait, ça a l’air de quoi, l’air de rien ?
    Raté, ils m’ont vue ! Maman le dit bien, que je me fais toujours remarquer…
    Hé là, Durouge ! Tu me fais mal ! Au secours ! Ouf ! Il est parti !
    N’empêche, j’aimerais bien voir Duchien.
    Duchien ! Du-chien !
    Te voilà ! Enfin… !
    Comme tu es beau, mon Duchien.
    Je voudrais rester avec toi toute la vie.
    Au fait, Duchien, tu sais que c’est bon de rentrer à la maison ?

Natali Fortier ; Paul du Bouchet
Violette
Paris, Gallimard Jeunesse, 2003
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