Pâques

Pâques_1
     Sous le règne de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée, une foule nombreuse alla vers Jérusalem pour célébrer la Pâque. Jésus, avec ses disciples, s’en fut à Béthanie, chez Lazare qu’il avait ressuscité d’entre les morts. Là, on Le retint à dîner.
     Tandis que Marthe servait à table, Marie oignit les pieds du Christ de nard, un parfum de grand prix, et les essuya avec sa chevelure.
     Judas, l’un des disciples, s’étonna : « Pourquoi n’a-t-elle pas vendu ce parfum trois cents deniers pour les donner aux pauvres ?»
     « Laisse-la, lui répondit le Christ, car elle a fait ceci pour le jour de ma sépulture. »
     Alors Judas s’en fut chez les grands prêtres : « Que me donnerez-vous pour que je vous Le livre ? »
     « Trente pièces d’argent », lui fut-il répondu.
     Dès lors, il chercha une occasion favorable pour Le trahir.
 
     Le lendemain, la foule, apprenant que le Christ venait à Jérusalem, Lui fit un tapis de vêlements, de palmes et de branchages. Et tous, ceux qui Le précédaient et ceux qui Le suivaient, chantaient : « Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosannah au plus haut des cieux ! »
 
     Puis vint le jour de la fête. Les disciples préparèrent la Pâque.
     Le soir tomba et Il s’assit avec les Douze. Ils mangeaient, quand Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le leur offrit en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. »
     De même avec le vin. Il dit : « Ceci est mon sang, versé pour vous. »
     Puis, Il prit un linge, versa de l’eau dans une bassine, et lava les pieds de ses disciples, leur disant : « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et je le suis. Si moi donc, votre Seigneur et Maître, je vous lave les pieds, agissez de même les uns avec les autres, car c’est un exemple que je vous donne. »
     Puis Il leur dit : « L’un d’entre vous me trahira. » Et chacun, affligé, de s’écrier : « Est-ce moi ? »
     Judas aussi demanda : « Maître est-ce moi ? »
     « C’est toi qui l’as dit », lui répondit Jésus.
     Alors, Judas sortît. La nuit était tombée.
 
     Jésus les regarda et leur dit : « Petits enfants, encore un peu de temps, et je suis avec vous. Là où je vais, vous ne pouvez venir. Et je vous transmets un nouveau commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
     « Seigneur où vas-tu ? » demanda Pierre.
     « Où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant. Mais tu me rejoindras plus tard. »
     « Pourquoi pas maintenant Seigneur ? Je donnerais ma vie pour toi ! »
     « En vérité, lui dit Jésus, cette nuit, avant que le coq ait chanté, tu m’auras renié trois fois. »
 
     Ils se rendirent au mont des Oliviers. Le Christ se retira et, s’agenouillant, Il pria : « Père Tout-Puissant, éloigne de moi cette coupe. Cependant, que Ta volonté soit faite et non la mienne. »
     Alors, un ange Lui apparut et Le réconforta.
     Il revint vers ses disciples qui dormaient : « Tu n’as pas pu veiller une heure avec moi ? » dit-Il à Pierre.
     Il s’éloigna encore. Entrant en agonie, Il pria plus intensément, et sa sueur tombait à terre comme des gouttes de sang. Puis, Il revint vers les disciples qu’Il trouva endormis tant leurs yeux étaient lourds.
     Et, quand Il vint pour la troisième fois, Il leur dit : « Pourquoi dormez-vous ? Relevez-vous et partons. Il est là, celui qui m’a trahi. »
     Tandis qu’il parlait, Judas s’approcha, suivi d’une foule armée de glaives et de bâtons.
     Il leur avait donné un signe : « Celui que j’embrasserai, vous le saisirez ! » Il s’approcha du Christ : « Je te salue. Maître ! » et Lui donna un baiser.
     « Par un baiser tu trahis le Fils de l’homme ! » lui dit Jésus.
     Saisissant son épée, Pierre frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. Mais le Christ lui dit : « Rengaine ton épée, car il périra par l’épée celui qui use de l’épée. »
     Et, touchant le serviteur, Il le guérit. Alors, tous les disciples L’abandonnèrent et s’enfuirent.
 
     Et l’on mena Jésus à la maison du grand prêtre. Pierre suivait de loin. Il se chauffa dans la cour, près d’un feu, avec les serviteurs.
     Une servante l’avisa : « Tu étais avec lui ? » Il nia : « Femme ! Je ne connais pas cet homme. »
     Peu après, un serviteur lui dit : « Assurément, tu étais avec eux. » Pierre nia une deuxième fois.
     Une heure plus tard, un parent du serviteur dont Pierre avait tranché l’oreille insinua : « Ne t’ai-je pas vu avec lui ? »
     « Je ne sais pas de quoi tu parles », répondit Pierre.
     À ce moment le coq chanta, et le Seigneur regarda Pierre. Pierre sortit, pleurant amèrement.
 

Pâques_2

     Le grand prêtre se leva : « Es-tu le Christ ? Le Fils de Dieu ? »
     « Je le suis »,dit Jésus.
     Et, déchirant son vêtement, le grand prêtre s’emporta : « Vous avez entendu son blasphème. Que vous en semble ? »
     « Il est coupable ! À mort ! » clama la foule.
 
     Voyant qu’il ne pouvait rien faire, Pilate se lava les mains devant la multitude, disant : « Je suis innocent du sang de ce juste. »
     Puis, il relâcha Barabbas. Il fit alors flageller Jésus, et Le leur remit pour qu’Il soit crucifié.
     Les soldats Le coiffèrent d’une couronne d’épines et Le vêtirent d’une tunique pourpre.           Ensuite, ils se prosternèrent devant Lui en se moquant : « Salut ! ô Roi des Juifs ! » Et, ce disant, ils Le frappaient.
     Puis, ils L’emmenèrent pour Le crucifier.
 
     Sur le chemin, ils arrêtèrent un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs, pour qu’il L’aidât à porter la croix.
     Ils étaient suivis par une multitude. Les femmes gémissaient et pleuraient.
     Ils finirent par arriver au Calvaire et, là, Il fut crucifié, entre deux voleurs.
     Alors, Jésus dit : « Père, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font. »
     C’était la troisième heure.
 
     L’un des voleurs se moquait : « Si tu es le Christ, sauve-lui et sauve-nous avec toi. »
     Mais l’autre le morigéna : « Ne crains-tu point Dieu ? Pour nous c’est justice, nous payons nos actes, mais lui n’a rien fait de mal. »
     Et il Lui dit : « Seigneur, souviens-toi de moi quand tu arriveras dans ton royaume. »
     « Aujourd’hui même, tu seras avec moi au Paradis », lui dit Jésus.
 
     Au pied de la croix, se tenaient maintenant Marie, la mère de Jésus, et la sœur de Marie, et Marie de Magdala, et Jean, le disciple qu’Il aimait. Il dit à sa mère : « Mère, voici ton fils ! » et au disciple : « Voici ta mère ! »
     Dès cette heure, le disciple la reçut chez lui.
 
     C’était la sixième heure. Les ténèbres couvrirent la terre jusqu’à la neuvième heure, le soleil s’obscurcit, le voile du temple se déchira en deux, la terre trembla, les rochers éclatèrent.
     Alors Jésus pria d’une voix forte : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. »
     Puis, Il rendit l’âme.
     En voyant tous ces signes, le centurion et ses hommes, saisis de crainte, se dirent : « C’était vraiment le Fils de Dieu. »
 
     Quand, le soir, Joseph d’Arimathie, un fidèle du Christ, alla demander à Pilate que le corps lui soit remis, celui-ci accepta.
     Alors il L’enveloppa d’un linceul, avec un mélange d’aromates, de myrrhe et d’aloès, et Le mit dans une tombe neuve, taillée dans le roc.
 
     À l’aube, Marie vit qu’un avait déplacé la pierre du tombeau. Elle courut chez Pierre et Jean et leur dit : « Ils ont emporté le Seigneur. »
     Tous trois s’en furent au sépulcre. Ils virent et la crurent. Puis ils retournèrent chez eux.
     Marie, elle, restait en pleurs devant la tombe. À ce moment, deux anges, assis là où on avait déposé le corps du Christ, lui apparurent : « Femme, pourquoi ces larmes ? » lui dirent-ils.
     « Parce qu’ils ont enlevé mon Seigneur et que je ne sais pas où ils L’ont mis. » Puis, se tournant, elle Le vit, mais sans savoir que c’était Lui.
     « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » lui dit-Il.
     Le prenant pour le jardinier, elle Lui demanda : « Si tu L’as emporté, dis-moi où tu L’as mis. »
     Jésus lui dit : « Marie. »
     Se retournant, elle Lui dit : « Rabbi », ce qui signifie Maître.
     Marie raconta aux disciples ce qui lui était arrivé.
 
     Le soir, tandis qu’ils étaient réunis. Jésus se tint au milieu d’eux et leur dit : « Paix à vous. » Le voyant, ils furent emplis de joie.
     Mais Thomas, l’un des douze, n’était pas avec eux. Quand ils lui dirent qu’ils avaient vu le Seigneur, il douta : « Si je ne touche pas la trace des clous dans ses mains, je ne croirai pas. »
 
     Huit jours plus lard, les portes étant fermées, Jésus vint, se tint au milieu d’eux et Il dit à Thomas : « Place ton doigt sur mes blessures et désormais sois confiant. »
     « Mon Seigneur et mon Dieu », lui répondit Thomas.
     Jésus reprit : « Parce que tu as vu, tu as cru. Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu. Allez, enseignez les nations, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Et voilà que je suis avec vous, pour toujours, jusqu’à la fin du monde. »
 

Pâques_3

 
 
Jan Pietńkowski
Pâques
Paris, Gründ, 1992

 

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