La couleur du coeur

 

Le don de soi est le plus beau des cadeaux.
Ralph W. Emerson

 

     L’an dernier, à l’approche de l’Halloween, on me demanda de participer au carnaval organisé par un organisme qui œuvre auprès des enfants atteints du SIDA. On m’avait invitée parce que je jouais dans un feuilleton télévisé ; j’avais accepté parce que cette cause me tenait à cœur. D’ailleurs, peu d’enfants se rendirent compte que j’étais une actrice connue ; ils me virent seulement comme une enfant un peu grande qui venait passer la journée avec eux pour jouer. Et je pense que je préférais qu’il en soit ainsi.
     Il y avait au carnaval plusieurs kiosques. L’un d’entre eux attira mon attention, car de nombreux enfants s’étaient massés devant. À ce kiosque, on invitait tous ceux qui le désiraient à peindre un carré de tissu qui, ultérieurement, serait cousu avec d’autres pour confectionner une courtepointe. On offrirait ensuite la courtepointe en cadeau à un homme qui avait consacré une bonne partie de sa vie à cet organisme et qui était à la veille de prendre sa retraite.

 

     On distribua aux enfants de la peinture à tissu aux couleurs vives, puis on leur demanda de peindre quelque chose qui enjoliverait la courtepointe. Lorsque je jetai un coup d’œil sur les carrés des enfants, j’aperçus des cœurs roses, des nuages bleus, de magnifiques couchers de soleil orange et des fleurs violettes.
     Tous les dessins étaient lumineux, gais, réconfortants. Tous sauf un.
     Le petit garçon assis à côté de moi était en train de peindre un cœur, mais son dessin était sombre, morne, sans vie. On n’y trouvait pas les couleurs vives et vibrantes qu’utilisaient les autres artistes en herbe.
     Sur le coup, je crus qu’il avait utilisé la seule couleur qui restait et que cette couleur était sombre. Toutefois, lorsque je l’interrogeai, il me répondit que le cœur était sombre parce que le sien l’était également. Je lui demandai pourquoi. Il me dit qu’il était très malade et que sa mère l’était également. Il ajouta qu’on pouvait le guérir, aussi bien qu’à sa mère, mais que ça prenait du temps… Trop de temps…

 

     Je lui dis alors combien j’étais désolée qu’il soit malade, combien je comprenais les raisons de sa tristesse. J’ajoutai que je pouvais même comprendre pourquoi il avait peint un cœur si sombre. Toutefois, je lui dis qu’il se trompait de penser que personne ne pouvait l’aider. Je lui expliquai qu’il existait des traitements pour les soigner, bien sûr.
     Entretemps, il existait des choses qu’on pouvait faire et qui, selon ma propre expérience, constituaient un excellent remède contre la tristesse : par exemple, se donner de gros câlins. Je lui dis que s’il le voulait bien, je serais heureuse de le serrer bien fort dans mes bras pour qu’il comprenne ce que je voulais dire.
     Il grimpa aussitôt sur mes genoux et y resta un long moment. Lorsqu’il en eut assez, il redescendit pour terminer son travail. Je lui demandai s’il se sentait mieux. Il répondit que oui…

 

    Vers la fin de la journée, tandis que je m’apprêtais à rentrer chez moi, je sentis quelqu’un tirer sur ma veste. Je me tournai. Devant moi se trouvait le petit garçon au cœur sombre, un beau sourire accroché aux lèvres.
     Il me dit : « Mon cœur est en train de changer de couleur. Il est plus gai. Je pense que ça fonctionne réellement, les gros câlins. »
     En rentrant à la maison, je sondai mon propre cœur et sentis qu’il avait lui aussi pris une teinte plus gaie.

 

Jennifer Hewitt
(Adaptation)

 

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