Conte des trois oranges

 

     Il y avait un roi qui était malade. De plus en plus malade. Aucun médecin n’était capable de le guérir. Sa maladie était telle qu’il semblait devenir un morceau de bois sec. Lui qui aimait tant manger de bonnes choses, ne buvait plus qu’un peu d’eau ; lui qui aimait tant rire et raconter de belles histoires, se taisait tant et si bien que l’on croyait qu’il entrait dans un dernier sommeil.
     Il y avait dans le village un forgeron. Ce forgeron ne se contentait pas de modeler le fer et de construire des outils. Il s’intéressait à ce qui se passait dans la tête des hommes. Ayant appris la maladie du roi, il alla le trouver, lui disant que peut-être il trouverait le remède.
     — Pour vous guérir, dit-il finalement au roi, il vous faut manger trois oranges qui se trouvent maintenant sous la patte de l’ogre.
     Le roi l’écouta avec attention et aussitôt déclara :
     — Je donnerai la moitié de mon royaume à celui qui ira me chercher les trois oranges.
     Le roi avait trois fils : l’aîné avait vingt ans, le cadet dix-sept ans et le plus jeune quatorze. C’est l’aîné qui parla le premier.
     — Je veux aller en quête de ces trois oranges, dit-il. Me donnerez-vous l’autorisation ?
     Le roi accepta. Le garçon fit ses provisions pour un long voyage et partit fier et content.
     — A mon retour, se disait-il, j’aurai la moitié du royaume de mon père. L’autre moitié, je l’aurai après sa mort.
     Son voyage fut long, très long et périlleux. Défaillant de faim et de fatigue, il s’assit auprès d’une fontaine, sortit ses provisions et se mit à manger. Bientôt sur le chemin apparut un vieil homme à barbe blanche qui avançait difficilement.
     — Bonjour, fit-il en saluant le prince. J’ai bien faim. Pouvez-vous me donner un morceau de pain à manger ?
     — Non, pauvre homme. Les vivres que je porte sont pour un long voyage. Je ne sais si j’en aurai assez pour moi !
     Le vieil homme à barbe blanche s’éloigna lentement en boitant. Quant au prince, il chemina encore trois jours dans des montagnes désertiques. Tant et si bien qu’il se perdit.
     — Que vais-je devenir, gémissait le roi. Que vais-je faire ?
     Le cadet se proposa. Il s’équipa pour un long voyage. Un jour, sur le chemin il rencontra un vieil homme à barbe blanche, puis l’on n’entendit plus parler de lui. Il devait s’être perdu dans des montagnes désertiques.
     — Je veux y aller, dit le plus jeune fils. Je suis sûr de réussir là où mes frères ont échoué.
     — Eh bien ! fit le roi, vas-y. Je te trouve encore bien jeune, mais je forme le vœu que tu reviennes avec les trois oranges.
     Le plus jeune fils du roi prépara son voyage et s’en alla loin, loin. Près de la fontaine il rencontra un vieillard à la longue barbe blanche et ce vieillard lui demanda à manger.
     — Tenez, brave homme, asseyez-vous là, et prenez dans mes provisions. Quand il y en a pour un, il y en a pour deux, dit le proverbe.
     Le vieillard sourit et s’assit. Lorsqu’ils eurent bien mangé et bien bu, le vieillard à barbe blanche demanda :
     — Où allez-vous, jeune homme, dans ce pays perdu ?
     — Je vais chercher les trois oranges qui sont sous la patte de l’ogre.
     — Il vous faut aller derrière cette montagne. Là vous découvrirez une ferme entourée de grands arbres. Il y a une femme qui pétrit en ce moment le pain et qui nettoie les braises du four avec ses doigts.
     Le garçon contourna la montagne et découvrit la ferme. Une vieille femme était justement en train de nettoyer le four avec ses doigts.
     — Ne faites pas cela, ma mère. Voyez ce bâton. J’y accroche un morceau de mon manteau : cela sera bien plus pratique.
     La vieille femme sourit et dit :
     — Je vous remercie pour votre bonté, mais que faites-vous dans ce pays perdu ?
     — Je viens chercher les trois oranges qui sont sous la patte de l’ogre.
     — Cela est bien dangereux, mais puisque vous avez été bon pour moi, je vais vous renseigner : il faudra partir à minuit et vous arriverez vers quatre heures du matin à la caverne de l’ogre. Il sera encore endormi sur un lit de feuilles sèches. Les trois oranges sont cachées sous la plante de ses pieds. Voilà une fiole. Versez quelques gouttes dans la gorge de l’ogre et cela le fera dormir encore plus profondément. Alors n’hésitez plus, prenez les trois oranges et fuyez rapidement.
     — Merci, dit le garçon. Je sais ce qu’il me reste à faire.
     — Voici de tous petits miroirs qui ne coûtent rien. En vous sauvant, laissez-en quelques-uns sur le bord du chemin.
     Le jeune garçon entra dans la caverne. L’ogre dormait la bouche ouverte. Il y versa le contenu de la fiole. Il alla alors gratter la plante des pieds et prit les trois oranges, puis il bondit sur son cheval et se sauva au galop. L’ogre s’éveilla rapidement et vit le jeune garçon qui fuyait et se lança à sa poursuite. Le garçon jeta ici et là les petits miroirs. L’ogre ne pouvait pas résister au plaisir de se regarder dedans. Ainsi, il perdit beaucoup de temps et bientôt la trace du fugitif.
     Le roi, pendant ce temps-là, se désolait et s’accusait de la mort de ses fils.
     Le jeune homme arriva au château.
     — Père, s’écria-t-il, je vous apporte les trois oranges.
     Le roi et la reine furent heureux. L’aîné et le cadet, qui étaient revenus à pied et en haillons au château furent par contre très jaloux mais ils ne le dirent pas. Le roi guérit très vite et il donna son royaume tout entier à son plus jeune fils, puis il le maria à la plus jolie princesse du pays.

 

Michel Cosem

 

Jean-Hugues Malineau ; Claire Nadaud (org.)
Almanach
Amiens, La Charte Corps Puce Jeunesse, 1996
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