Le perroquet et son arbre

F comme Fidélité

 

       Il y a très longtemps, vivait un magnifique perroquet. Jamais on n’avait vu un aussi bel oiseau. Ses larges yeux noirs avaient le doux éclat du velours, ses plumes bariolées étincelaient comme de véritables joyaux, ses pattes délicates semblaient ciselées dans le corail.
       C’était vraiment un splendide oiseau.
       Il habitait heureux dans un grand arbre qu’il aimait de tout son cœur. Il en aimait les branches robustes, couvertes de larges fleurs éclatantes dont l’ombre bienfaisante le protégeait de la lumière du soleil. Il aimait écouter le doux bruissement du feuillage secoué par la brise. Et ce qu’il préférait par-dessus tout, était de manger les fruits savoureux qui y poussaient en toute saison. Chaque soir, lorsque les étoiles s’allumaient une à une dans le ciel, le perroquet soupirait de bonheur :
       — Que je suis heureux, disait-il, que je suis content et satisfait de ce que j’ai. Je dois toute cette joie et cette paix à mon arbre. Jamais je ne l’abandonnerai ; jamais je ne le quitterai pour un autre.
       Et il se blottissait avec ravissement contre le large tronc avant de s’endormir.

 

       L’Esprit de la forêt entendit les paroles du perroquet et décida de le mettre à l’épreuve. Il sécha la précieuse sève qui coulait dans le cœur de l’arbre. Ainsi, les fruits cessèrent de pousser. Une à une, les feuilles se mirent à tomber et les branches se desséchèrent, craquant tristement sous le vent.
       Mais le perroquet ne partit pas. Il volait autour de son arbre, s’efforçant par ses battements d’ailes de le rafraîchir et de le protéger des rayons du soleil. Ses yeux pleins d’amour n’arrivaient pas à le voir tel qu’il était devenu, un vieil arbre rabougri.
       Il l’imaginait encore avec son feuillage touffu recouvert de rosée scintillante.
       Perché sur une branche morte, le bel oiseau parlait doucement à l’arbre :
       — Tu m’as donné tant de bonheur, comment pourrais-je t’oublier ? Les enfants ne s’occupent-ils pas de leurs vieux parents malades ? Les maris délaissent-ils leurs femmes lorsque leur beauté se fane ? Les vrais amis se séparent-ils quand le malheur frappe l’un d’eux ? Non, mes paroles étaient sincères lorsque je te disais que je t’aimais. C’est pourquoi je ne te quitterai jamais.

 

       Les jours passaient et le perroquet demeurait fidèle et paisible. Du haut d’une branche dénudée, il regardait chaque matin l’aurore teindre l’horizon d’or et le crépuscule l’assombrir de violet.
       L’Esprit de la forêt sourit en voyant que l’oiseau n’abandonnerait pas son vieil ami.
       Alors, de son souffle d’argent, il lui rendit la vie. Des fleurs merveilleuses se mirent à éclore, embaumant la forêt d’une odeur exquise. Les fruits firent à nouveau ployer les branches verdoyantes. L’arbre s’étira vers le ciel, plus beau que jamais.
       — Oiseau fidèle, dit l’Esprit de la forêt, vis heureux sur ton arbre, toi qui as su, malgré le temps et les épreuves, garder tes sentiments inchangés.

 

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