Le voeu de Pauline

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     Chez Pauline, il y avait une chatière.
     C’était une petite porte qu’on avait découpée dans la grande porte, pour permettre au chat de la maison d’entrer et sortir à sa guise. Mais Pauline n’avait pas de chat.
     Une nuit pourtant, quelque chose d’extraordinaire arriva.
     Pauline aperçut une étoile filante !
     Vite, elle fit un vœu.
     « Je voudrais un chaton », murmura-t-elle. « Un chaton tout mignon qui entrerait et sortirait par notre chatière. »
     Tout à coup, BOUM ! quelque chose de lourd atterrit dehors, sur l’appui de la fenêtre. Mais ce n’était pas un chaton… c’était un affreux vieux matou tout maigre et tout pelé ! Il s’assit derrière la vitre et grimaça une espèce de sourire.
     « Miaou ! Ton vœu est exaucé, Pauline ! » semblait-il dire.
     « Tu dois te tromper », dit Pauline. « J’ai demandé un chaton ! »
     Mais le vieux matou semblait persuadé du contraire. Il se mit à frotter son affreuse oreille sur la vitre en miaulant comme une sirène de pompiers.
     « MIAOU ! MIAOU ! MIAOU ! »
     Il miaulait tellement fort qu’au bout d’un moment, sa voix s’étrangla dans sa gorge et qu’il fut pris d’une quinte de toux. Pauline tira sa couette au-dessus de sa tête.
     Il finirait bien par s’en aller !
     Le lendemain cependant, le vieux matou était toujours là. Il attendait Pauline devant la porte et il avait apporté un cadeau, sans doute dans l’espoir qu’elle le laisse entrer.
     « Beurk ! » s’écria Pauline. Elle ramassa l’arête de poisson, qu’elle mit à la poubelle.
     Le vieux matou semblait déconcerté.
     « Tu n’es qu’un dégoûtant ! » s’exclama Pauline en le chassant de la main. « Va-t-en, retourne chez toi. »

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     Et elle se dirigea vers la balançoire. Mais le vieux matou arriva le premier. Il commença par aiguiser ses griffes sur le siège, puis il se mit à faire sa toilette avec bruit, tandis qu’un nuage de poils volait autour de lui.
     À l’heure du déjeuner, le vieux matou s’installa sur l’appui de fenêtre et regarda Pauline manger ses tartines. Pauline découpa un morceau et, soulevant la chatière, elle le lui présenta. Le vieux matou engloutit tout en ronronnant de contentement.
     Dans l’après-midi, le vent se mit à souffler et Pauline dut s’habiller plus chaudement. Mais le froid n’avait pas l’air de gêner le vieux matou. Il suivit Pauline dans le jardin… courant après les feuilles… jouant les funambules sur la palissade… bref, se faisant remarquer du mieux qu’il pouvait. Pauline rentra à la maison pour prendre son goûter.
     « À plus tard, mon vieux matou », dit-elle, en grattant gentiment le dessus de son crâne pelé. Le vieux matou lui emboîta le pas jusqu’à la porte et se coucha sur le seuil, juste devant la chatière.

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     Ce soir-là, il se mit à neiger.
     Le vieux matou se roula en boule pour avoir moins froid. Les flocons brillants tourbillonnaient dans le ciel et bientôt, une épaisse couche de neige recouvrit le pas de la porte… et le vieux matou. Un « MIAOU ! » déchirant alerta Pauline, qui courut vers la porte et souleva la chatière. Le vieux matou se glissa par l’ouverture. Il s’ébroua, éclaboussant le plancher de neige fondue.
     « Mon pauvre vieux matou ! » s’attendrit Pauline.
     Le chat dévora une énorme assiette de nourriture, puis il engloutit un immense bol de lait.

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     Quand Pauline l’enveloppa dans un torchon propre et le frictionna pour le sécher, il se mit à ronronner comme une locomotive.
     Le vieux matou suivit Pauline dans sa chambre. Elle l’installa sur le lit à côté d’elle et se mit à le caresser.
     Dehors les étoiles brillaient.
     Soudain, une étoile filante traversa le ciel, mais Pauline n’avait rien à demander, cette fois.      Elle avait déjà tout ce qu’elle pourrait souhaiter.

 

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Ragnhild Scamell ; Gaby Hansen
Le vœu de Pauline
Namur, Mijade, 2001
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