La bibliothécaire de Bassora

 

 

Une histoire vraie

 

 

« Dans le Coran, la première chose
que Dieu a dite à Mahomet, c’était Lis
 
Alia Muhammad Baker

 

 

Alia Muhammad Baker est la bibliothécaire de Bassora, ville portuaire nichée dans les sables d’Irak.
Tous ceux qui aiment les livres se retrouvent à sa bibliothèque. Ils y discutent des choses de ce bas monde autant que de celles de l’âme.
Jusqu’à ce jour où ils ne parlent plus que de la guerre.
― Des avions chargés de bombes vont-ils apparaître dans le ciel ?
― Va-t-on recevoir des bombes sur la tête ?
― Des soldats en armes vont-ils envahir les rues ?
― Nos familles survivront-elles ?
― Que pouvons-nous faire ?

 

 

Alia craint que les incendies ne brûlent tous les livres, beaucoup plus précieux à ses yeux que tout l’or du monde.
Les livres sont écrits en toutes les langues ; il y en a des récents, des anciens ; il y a même une vie de Mahomet écrite il y a sept cents ans. Alia demande au gouverneur de Bassora l’autorisation de les mettre à l’abri, en lieu sûr. Le gouverneur refuse.

 

 

Alors Alia décide de prendre les choses en main.
En secret, elle emporte tous les soirs des livres chez elle, en remplissant sa voiture, tard après le travail.
Les rumeurs de guerre se font de plus en plus insistantes. Les bureaux du gouvernement sont installés à la bibliothèque. Des soldats armés sont postés sur le toit.
Alia attend… et craint le pire.

 

Puis les rumeurs deviennent réalité.
La guerre arrive jusqu’à Bassora.
Le brasier des bombes et des roquettes éclaire la ville comme en plein jour.

 

Alia voit les employés de la bibliothèque, ceux du gouvernement et les soldats abandonner le bâtiment.
Il ne reste plus qu’Alia pour sauver les livres.

 

 

Elle appelle son ami Anis Muhammad qui tient le restaurant, de l’autre côté du mur.
― Peux-tu venir m’aider à sauver les livres ?
― Je vais les envelopper dans ces rideaux.
— Tiens, voilà des cagettes de mon épicerie.
— Tu veux aussi ces sacs ?
— Il faut sauver les livres.
Durant toute la nuit, Alia, Anis et ses frères, les boutiquiers et les voisins, ont sorti les livres de la bibliothèque, les ont passés par-dessus le mur de trois mètres de haut et les ont cachés dans le restaurant d’Anis.
Pendant que la guerre fait rage, les livres sont à l’abri.
Neuf jours plus tard, un incendie ravage entièrement la bibliothèque.

 

 

Le lendemain, des soldats se présentent au restaurant d’Anis.
— Pourquoi as-tu un fusil ? lui demandent-ils.
— Pour protéger mon commerce, répond Anis.
Et les soldats repartent sans fouiller les lieux.
« Ils ne savent pas que tous les livres de la bibliothèque se trouvent dans mon restaurant », songe Anis.

 

Ce monstre qu’est la guerre finit par s’éloigner.
Alia sait bien que, pour que les livres soient en sécurité il faut de nouveau les déplacer, tant que la ville est tranquille.
Alors elle loue un camion pour transporter les trente mille livres chez elle et chez ses amis.

 

 

Chez Alia, il y a des livres du sol au plafond, par terre, dans les placards, devant les fenêtres…
On ne peut presque plus bouger.

 

Alia attend.
Elle attend la fin de la guerre.
Elle attend tout en rêvant à la paix.
Elle attend…
Et rêve d’une nouvelle bibliothèque.

 

Mais, en attendant, les livres sont à l’abri, en sécurité chez la bibliothécaire de Bassora.

 

 

Jeanette Winter
La bibliothécaire de Bassora
Paris, Gallimard Jeunesse, 2005
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